Henry Fonda a un voix prodigieuse, d'une fermeté rugueuse qui détone avec sa tête d'ange. Cette dualité inspira un Fritz Lang de plus en plus angoissé.
Après avoir refusé les propositions alléchantes mais douteuses de Joseph Goebbels, le réalisateur de Métropolis décide de s'exiler à Hollywood. Son savoir faire fascine l'Amérique et dès son premier film, Furie, Fritz Lang prouve qu'il peut se faire à l'industrie sans se trahir.
Il pointe dès ce premier film, la bêtise et l'inhumanité de la société des années 30. Son cinéma est réaliste malgré quelques images et cadrages fantastiques. J'ai le droit de vivre poursuit dans cette veine.
La dépression est passée par là. Le beau et ténébreux Eddie Taylor va sortir de prison. Il va se marier et fonder une famille. Il trouvera du travail. Mais hélas, en dehors d'une prison, on reste un détenu.
Seule sa vieille bande de gangsters voudrait le récruter. Pendant que sa femme, Jo, organise leur nouvelle vie, Eddie Taylor est de plus en plus tenté de reprendre sa vie de malfrat...
Et pour la société, un criminel reste un criminel. Eddie Taylor n'a le droit qu'à la compassion d'un prête et d'un avocat. Le pardon a disparu aux Etats Unis. Le destin de ce couple ne pourra qu'être tragique.
Lang observe comment ces deux êtres vont glisser sur la loi comme sur une peau de banane. Son cinéma, si précis, est une belle leçon de cinéma. Habile, il multiplie les suspenses à tous les niveaux. C'est un drame policier avec un beau thriller autour de l'innocence d'Eddie, parfaitement ambivalent. C'est un mélo flamboyant avec une histoire d'amour grandiloquente (peut être le point faible du film). C'est une vision dépressive de l'humanité.
Malgré des éclairages inspirés du cinéma expressionniste, le film est âpre dans son récit, fait divers pathétique. L'indulgence de Lang pour ses personnages en devient touchante. On devine l'artiste fulminé. Ses Bonnie & Clyde sont des victimes. Son film noir est lumineux!
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 28/04/2010