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Mercredi 23 Mai 2012Livre

 Ivachka et la sorcière

Ivachka et la sorcière

CONTE RUSSE et Illustrations d'Isabelle CHATELLARD

Nathan Jeunesse / Education Enfantine 2003

Et ta critique ?




Ivachka et la sorcière, un conte populaire de Russie à découvrir et à faire écouter à vos enfants.


Ivachka décide d’aller pêcher seul de beaux poissons pour ses parents. Malgré son jeune âge, ses parents l’autorisent à y aller. Dans un univers magique où les barques se guident par la seule voix des enfants, « Barque, barque, flotte au loin ! » « « Barque, barque, flotte jusqu’au rivage, c’est ma mère qui m’appelle ! », Ivachka se laisse bercer sur l’eau par les voix rassurantes de son père et de sa mère jusqu’au jour où passe dans le coin Baba Yaga, la sorcière. La sorcière décide d’imiter la voix de la mère pour le capturer. C’est sans compter sur l’ingéniosité de l’enfant…

En 26 pages, ce conte russe parvient à toucher de nombreux ressorts des contes traditionnels. Tout d’abord par la répétition des événements jusqu’au drame, puis par la répétition des formules utilisées. On comprend à travers l’histoire que, même de cultures différentes, les contes s’appuient sur des imaginaires communs. Des peurs humaines déjouées par le courage et le rêve. Ivachka se défait d’Alenka, la fille de la sorcière avec la même stratégie que la jeune Gretel de Grimm. Drôle de cruauté : Baba Yaga finit par manger malgré elle, sa fille, rôtie. Quand Ivachka épie le danger Baba Yaga, c’est du haut d’un arbre comme Pierre avec le Loup, une forme d’audace rassurante. Et quand le petit Ivachetchka décide de s’enfuir, c’est à la manière de Nils Holgersson, à dos d’oie sauvage.

Mais le cadre de l’histoire est tout aussi étonnant. Il touche à la Nature même. Une espèce d’universalité. Un conte traditionnel qui se joue et utilise les quatre éléments de dame Nature. Une barque qui protège l’enfant de l’eau et l’écoute, du feu qui brûlera l’ogresse, un vieux chêne planté dans la terre qui l’éloigne de la sorcière, une oie qui fend les airs pour le ramener chez lui. Des images rassurantes du monde qui rappellent les belles heures de gloire du symbolisme nordique d’Ibsen et d’autres.

Avec des illustrations plutôt naïves d’Isabelle Chatelard, entre pantins et clowns, l’album vient équilibrer un conte qui pourrait paraître effrayant aux yeux des parents. Mais aux yeux des parents seulement.

Car si l’illustration est soignée, nous vous conseillons fortement de commencer la découverte de ce conte par l’écoute du CD fourni avec l’album, indépendamment des illustrations. Il est probablement une des plus belles surprises. La production est très soignée et est bien loin devant les qualités souvent médiocres d’autres productions actuelles comme le Baba Yaga raconté par Emmanuelle Devos (dont les illustrations sont, elles, de qualité) ou encore le Panique chez les sorcières de Marlène Jobert… Sans commentaires.  Les illustrations d’Ivachka et de Baba Yaga données en premier à l’enfant  guideraient sans doute de trop son imaginaire. La matière des mots et les images ne font pas qu’incarner la liberté imaginaire, elle la pétrifie parfois tout autant…

Ici, un vrai choix artistique fédère le projet. Les voix de la narratrice et de Baba Yaga, Jacqueline Guillemin et Vanessa Guillemot ont une tessiture bien particulière, une identité telle, que leur écoute contribue à l’envol dans l’imaginaire. Les comptines en italique dans l’album prennent tout leur sens en musique. Les illustrations sonores à la balalaïka et à l’akordéon (diatonique) soutiennent largement l’aventure d’Ivachka. En somme, une réussite. Le CD se paye même le luxe de faire découvrir aux enfants un chant populaire du bassin de l’Amour ainsi que des instruments russes. Voyage garanti.

Adressé aux enfants, aux enseignants travaillant sur les contes, ou tout simplement à nos peurs, ce livre –cd est à avoir dans sa médiathèque.


Sébastien Mounié

© Etat-critique.com - 02/02/2008