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Mercredi 23 Mai 2012Cinéma

 Irina Palm

Irina Palm

Sam GARBARSKI

Avec Marianne Faithfull, Miki Manojlovic, Kevin Bishop et Siobhan Hewlett - Pyramide - 9 mai 2007 - 1h43

Et ta critique ?




Une veuve poignet s’en va en guerre pour sauver son petit fils malade. Sur un sujet scabreux, Sam Garbarski compose un joli portrait de femme esseulée, asexuée et réduite à quelques clichés sur la vieille fille anglaise. Désespérant, Irina Palm se révèle être un beau moment de tendresse.


Marianne Faithfull a une choucroute sur la tête. Son visage est à peine expressif. Sa démarche est lourde et presque maladroite. Elle interprète une veuve d’une cinquantaine d’années, Maggie, rongée par l’ennui, les ragots du village et surtout la douleur des siens. Son petit fils souffre d’une maladie rare et le traitement se trouve en Australie.

Son fils et son épouse n’ont pas les moyens d’emmener le petit là-bas. Mamie, désespérée, devient hôtesse dans un sex shop de Londres. Petit à petit, dans la ville grouillante, Maggie devient un étrange oiseau de nuit. Heureusement, le réalisateur n’est pas Lars Von Trier et ne fera pas le coup de Breaking the waves. Le film n’explore pas la face austère de la sexualité, du sacrifice et de la culpabilité.

Bien entendu, Maggie fait un vrai sacrifice. Son nouveau patron, Milko, fait d’elle, Irina Palm, la dame qui masturbe les hommes à travers un petit trou. Cela parait obscène et pourtant l’allemand Sam Garbarski transforme ce chemin de croix singulier en amusante redécouverte de soi.

Ce qui apparaissait comme une chronique sociale à la Ken Loach, avec son lot de misères devient la description lente d’une femme qui s’ouvre aux autres d’une manière plus que triviale. Cela est fait avec un humour doux et clairvoyant.

Scène après scène, le décor du peep show s’efface au profit d’une galerie de caractères figés, bloqués et aliénés. Avec une demi douzaine de personnages, le réalisateur dépeint une société éteinte où la chair est triste, où un sourire ressemble à une apparition extraterrestre. C’est le marasme le plus total, mais le réalisateur sait trouver le petit détail où se cache l’espérance.

Irina Palm est une œuvre humaniste et finalement inattaquable. Le réalisateur s’appuie sur le sordide pour une belle démonstration de tendresse. Ce n’est pas la plus sobre des réflexions, mais elle a le mérite d’exister. Garbarski sait filmer les gestes et les regards. Si Marianne Faithfull est monolithique, le visage de Miki Manojlovic (moins joyeux que dans Underground) fascine. Dans un monde de brutes, ces quelques grammes de tendresse rassurent.

Irina Palm s’adresse à tous les cœurs de midinettes. Il le fait avec un souci de réalisme, caméra à l’épaule. La dureté du quotidien s’oppose aux aspirations sentimentales. Cet affrontement entre le style et le ton fait naître un humour nuancé et élégant. Au fond d’un gourbi sordide, l’espoir subsiste. Si les lumières de la ville, la nuit, sont effrayantes, les lumières de chacun sont bien plus scintillantes qu’on l’imagine.


Pierre Loosdregt

© Etat-critique.com - 13/05/2007