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Jeudi 09 Février 2012Art-scène

 Intranquille amour

Intranquille amour

Jusqu’au Ier décembre - Galerie Polad-Hardoin – 86 rue Quincampoix – 75003 Paris

Et ta critique ?




L’amour a-t-il jamais été tranquille ? Et s’il l’est, sans doute il se tait. Toujours, l’amour travaille au corps, et l’amour travaille encore et ce jusque dans son absence. C’est ce travail des corps que nous donnent à voir les œuvres réunies dans les nouveaux locaux de la galerie Polad-Hardoin.


Une fois franchie  la porte d’entrée, le corps du Christ nous accueille dans les derniers instants de sa passion, une crucifixion hommage à Grünewald peinte par Vladimir Velickovic. Plus tard au sous-sol, nous en retrouverons la trace, indice suffisant d’une humanité qui touche à sa fin, avec la seule représentation des seuls pieds percés et cloués. Un détour de la tête et notre regard se porte sur un corps féminin dénudé et coupé, celui de l’Origine du monde de Courbet revisité par Paul Rebeyrolle. Dans son voisinage, une autre femme expose son sexe. Elle a le visage renversé, tandis qu’à ses côtés son compagnon nous fait face dans une lumière blanche et crue propre à Jean Rustin. Trois toiles comme autant de stations de l’amour, des corps abandonnés, esseulés, oubliés. L’amour nous aurait-il déserté ?

Pénétrant plus avant, une figure assise de Zoran Music fait écho à celle peinte par Sophie Rocco. Elles se font face dans une même tension indécise, oscillant entre apparition et disparition Quelques pas encore, et l’inquiétante matérialité d’une poupée de Michel Nedjar  impose sa présence  et nous arrête, maillon archaïque qui tient autant du fœtus que de la momie, concentré de temps suspendu entre la création et le tombeau.

Plus qu’à une célébration de l’amour, c’est à une revisitation du corps que nous convient les travaux de la trentaine de plasticiens exposés, corps en souffrance comme corps en jouissance - ceux mêlés et débordants de chair  de Lydie Aricks ou ceux des êtres mythologiques emportés par la frénésie du coup de pastel de Lionel Guibout. Des corps dont les visages ne sont pas précisés, des corps sans identité propre. Et si l’amour agit sur ces corps, c’est à l’instar d’un puissant révélateur.  Sous l’œil et la main de l’artiste, il en révèle la fragilité. Entre finitude et solitude, il met l’humain à nu.
 
Sous les auspices de l’intranquillité, l’amour, le corps n’ont pas fini de faire parler.


Stéphanie Buttay

© Etat-critique.com - 30/10/2007