L’amour a-t-il jamais été
tranquille ? Et s’il l’est, sans doute il se tait. Toujours, l’amour
travaille au corps, et l’amour travaille encore et ce jusque dans son absence.
C’est ce travail des corps que nous donnent à voir les œuvres réunies dans les
nouveaux locaux de la galerie Polad-Hardoin.
Une fois franchie la porte d’entrée, le corps du Christ nous
accueille dans les derniers instants de sa passion, une crucifixion hommage à
Grünewald peinte par Vladimir Velickovic. Plus tard au sous-sol, nous en
retrouverons la trace, indice suffisant d’une humanité qui touche à sa fin,
avec la seule représentation des seuls pieds percés et cloués. Un détour de la tête
et notre regard se porte sur un corps féminin dénudé et coupé, celui de
l’Origine du monde de Courbet revisité par Paul Rebeyrolle. Dans son voisinage,
une autre femme expose son sexe. Elle a le visage renversé, tandis qu’à ses
côtés son compagnon nous fait face dans une lumière blanche et crue propre à
Jean Rustin. Trois toiles comme autant de stations de l’amour, des corps
abandonnés, esseulés, oubliés. L’amour nous aurait-il déserté ?
Pénétrant plus avant, une figure
assise de Zoran Music fait écho à celle peinte par Sophie Rocco. Elles se font
face dans une même tension indécise, oscillant entre apparition et
disparition Quelques pas encore, et l’inquiétante matérialité d’une poupée de Michel Nedjar impose sa présence et nous arrête, maillon archaïque qui tient
autant du fœtus que de la momie, concentré de temps suspendu entre la création
et le tombeau.
Plus qu’à une célébration de l’amour, c’est à une
revisitation du corps que nous convient les travaux de la trentaine de
plasticiens exposés, corps en souffrance comme corps en jouissance - ceux
mêlés et débordants de chair de Lydie
Aricks ou ceux des êtres mythologiques emportés par la frénésie du coup de
pastel de Lionel Guibout. Des corps dont les visages ne sont pas précisés, des
corps sans identité propre. Et si l’amour agit sur ces corps, c’est à l’instar
d’un puissant révélateur. Sous l’œil et
la main de l’artiste, il en révèle la fragilité. Entre finitude et solitude, il
met l’humain à nu.
Sous les auspices de
l’intranquillité, l’amour, le corps n’ont pas fini de faire parler.
Stéphanie Buttay
© Etat-critique.com - 30/10/2007