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Mercredi 23 Mai 2012Cinéma

 Interview

Interview

Steve BUSCEMI

Avec Sienna Miller, Steve Buscemi, Tara Elders et Michael Buscemi Diaphana – 01 août 2007 – 1h23

Et ta critique ?




Malgré la cruauté de ce huis clos psychologique, la performance de Steve Buscemi et Sienna Miller donne toute sa saveur à cet entretien fatal de cynisme et de manipulation. Un bel hommage à Théo Van Gogh qui a signé l’original.


On dénigre souvent la propension du cinéma américain à ingurgiter le cinéma européen pour offrir en pâture au public des remakes plus ou moins réussis. En choisissant une œuvre méconnue d’un réalisateur souvent décrié, Steve Buscemi prend le pari risqué de l’atypisme. Dédié au réalisateur Théo Van Gogh, Interview est la transposition américaine de son film éponyme sorti en 2003.

Nous retrouvons dans un restaurant Katya, jolie blonde qui doit sa notoriété plus à son corps qu’à son talent, et Pierre, journaliste politique échoué dans le star system pour dresser un improbable portrait de l’actrice. N’ayant pas daigné s’intéresser au personnage et ayant évité les films de série B ou Z dans lesquels elle a joué, l’interview tourne court. Un petit accident de la vie va les réunir dans le loft de Katya pour une soirée dont ils se souviendront longtemps.

Le jeu du chat et de la souris qui se déroule sous nos yeux est à la fois malsain est intriguant : les rôles s’inversent et l’on est rapidement perdu entre mensonges et vérités confessées. De la séduction à la méfiance et inversement, ces deux êtres se rapprochent malgré leurs apparentes différences, se blessant et se réconfortant comme pourraient le faire des enfants qui découvrent la souffrance au travers de l’autre.

Tant d’hypocrisie et de cynisme ne facilitent pas l’adhésion aux personnages mais cela n’a jamais été l’objectif du réalisateur. Ce dernier filme des animaux (et joue d’ailleurs l’un d’eux) qui, en dehors de leur milieu naturel, n’arrivent pas à cohabiter et désirent presque inconsciemment dominer l’autre.

La conclusion ne surprendra pas le spectateur qui verra dans ces deux êtres, deux marionnettes délaissées par leur créateur qui essayent de tirer les fils qui pendent invisiblement au dessus de leurs têtes. Ni vainqueurs, ni perdants, les deux corps fatigués reprendront leurs vies avec cette impression que les choses ne seront plus jamais comme avant mais qu’elles ne pourront jamais changer non plus.

Ceux qui chercheront des excuses à ces personnages ou une raison à tout cela rentreront bredouille. Mais le théâtre de ces petites bassesses a quelque chose de plaisant. Et c’est dans ce côté voyeuriste que Steve Buscemi a réussi à retranscrire l’univers dérangeant de Théo Van Gogh. Alors entre un rat aux fourneaux, un mort-vivant amoureux et ceci, on ne pourra pas dire que le cinéma n’a pas l’esprit large.


Vincent Valat

© Etat-critique.com - 03/08/2007