Après son concert en bossa au Café de la Danse pour présenter son dernier album "Je chante un air", Didier Sustrac répond à nos questions...
Bonjour Didier, ça va ? Vous êtes bien installé ?
Oui.
Etat-critique était à votre dernier concert au Café de la Danse mardi 3 avril. La salle était pleine, le public avait l’air conquis. Quelles ont étés vos impressions, 13 ans après votre dernier Café ?
Du plaisir que du plaisir. Parce que le Café de la Danse est une très belle salle et que d’y revenir après douze années ponctue forcément un bout de chemin. Je crois, que le public n’y était pas insensible.
Qu’avez-vous fait durant ces 13 ans ? Et qu’est-ce qui motive ce retour sur scène avec des chansons en bossa-nova ?
13 ans, c’est long et c’est court. Je ne les ai pas vu passer entre l’écriture, les concerts et les voyages, ça file…La dernière fois que j’étais au café de la danse, nous étions quinze sur scène. Il y avait une partie du groupe brésilien « Tupi nago », trois cuivres, des invités comme Daniel Milles à l’accordéon, Regina chanteuse de Tupi nago, bref, beaucoup de monde autour de moi…Cette fois-ci j’ai voulu centrer la scène sur les chansons, à travers l’acoustique d’une contrebasse, de deux percussions et d’un accordéon. Moi-même je n’ai pas utilisé une guitare electro acoustique, mais bien au contraire, j’ai joué avec ma vieille Di Giorgio de 59. Ce qui motive, c’est le désir de trouver la simplicité de l’art de la chanson. Dans le capharnaüm dans lequel nous vivons aujourd’hui, cela me semble une bonne chose, ça donne de l’équilibre au monde environnant…
Dans les transitions vous faites un amer constat sur la société de consommation et l’industrie du disque. Pensez-vous que malgré l’augmentation des moyens de diffusion, le métier soit en réel danger, ou plus difficile qu’avant depuis Zanzibar ou même Matière première ?
Il y a une fracture aujourd’hui que je ressens fortement, d’abord celle de la mal-bouffe, la mal-culture, imposée par la dictature de l’argent, et puis il y a des énergies qui se développent tout autour, qui semblent s’infiltrer comme des fuites d’eau, dans la vie des gens, au travers le net, les Spectacles de rues, les associations, il y a des forces qui ressembleraient à un contre-pouvoir…Dans tout cela, il est de plus en plus difficile de tirer son épingle du jeu, Mais je ne suis pas pessimiste, je crois que le monde en tout cas, la conscience humaine fait des pas en avant. Le monde aspire à plus de douceur, à moins de violence…Et la violence de la mal culture fait aujourd’hui des records !
Revenons au concert, sur scène vous êtes accompagnés d’un accordéoniste, d’un bassiste et de deux percussionnistes. Vous pouvez nous les présenter rapidement ? Comment les avez-vous rencontrés ? Ont-ils participé à l’enregistrement de "Je chante un air "? Depuis quand travaillent-ils avec vous ?
La plupart du temps, je tourne en configuration très restreinte, c’est-à-dire, en trio, (contrebasse et percussion) m’aidant aussi d’une pédale de sample, afin de pouvoir de temps à autre, chorusser . Pour le Café qui était un rendez-vous Parisien, c’est un peu plus exceptionnel. J’aurais pu essayer de refaire le cd, "Je chante un air " et inviter une fanfare à jouer…Mais je n’y vois pas trop d’intérêt. Je pense que le disque est un exercice très différent de la scène. J’avais envie de retrouver la sincérité de la première ébauche de la chanson, celle que je fais quand je viens de terminer son écriture. En fin de compte, une envie de nudité, de pureté, de simplicité et d’espace quoi ! de liberté ! ne serait-ce que pour moi ! pas toujours être dans l’obligation de remplir le vide…Donc j’ai rajouté, une percussion pour équilibrer la première et un accordéon pour appuyer l’harmonie… Même si parfois l’accordéoniste, Jacky, jouait des percussions…Aucuns d’eux n’ont joué dans le disque. À part Christian Paoli percussionniste de Blues indigo, tout le monde est nouveau, c’est un vent de fraîcheur qu’il y avait sur la scène au Café !
J’avais même demandé à Gerson Saeki de ne pas prendre sa basse électrique, pour n’utiliser que la contrebasse, renforcer ce désir d’acoustique pure ; quand je pense à eux (aux musiciens) il y a encore deux brésiliens dans l’équipe, Boca Rum percussionniste de Rio et Gerson. L’autre jour, je disais à Jacky qu’il avait un truc avec les Portugais ! Car décidément ça ne parle que portugais aux répèts ! Il a l'habitude de jouer avec Théophilo Chantre, cap verdien….
Une partie de l’album a été enregistrée au Brésil ? Comment s’est passé le travail ? Quel accueil vous a-t-on réservé ?
C’est Luiz Brasil qui m’a aidé à faire la production à Rio. Ça a été un travail toutefois difficile, car Lionel Gaget, arrangeur de l’album ne parle pas portugais ! j’étais de surcroît le seul qui parlait la langue du pays ! Donc j’ai fait l’interprète pour toute l’équipe…Et c’est fatigant de traduire tout le temps tout pour tout le monde. Surtout en studio, où chaque murmure peut-être pris pour un avis, ou un mot d’ordre…. Bref. En dehors de ça, travailler loin de chez soi est déjà quelque chose de profitable, en plus à Rio, alors là, il n’y a pas photo ! L’énergie qui se dégage de cette ville me remplie.
Vous jouez sur quel type de guitare ?
Je joue une Di Giorgio de 59, une guitare encore signée par son luthier. J’ai aussi une Del Vecchio, guitare brésilienne aussi, que j’avais eu, en échange d’une folk, une Yamaha je crois, à mon arrivée en 79 à Rio. J’avais tout de suite fait les boutiques d’instruments le long de Copacabana à la recherche d’un « violao » comme on dit en portugais, et j’avais trouvé cette petite merveille. J’ai aussi pour des questions pratique une Gaudin, dont je me sers lorsque les conditions de scène sont difficiles. J’ai aussi acquis lors de mes différents voyages au Brésil, une guitare ténor (4 cordes) qui est en principe faite pour jouer le Foro, et aussi un Cavaquinho (petite guitare 4 cordes qui accompagne la samba). Sinon, j’ai longtemps joué des folks, et je suis toujours à la recherche d’une vraie Martin d’avant 75...
Un énorme travail a été fait sur les paroles et les rythmes des chansons. On sent que les mots sont choisis aussi pour les sonorités qu’ils procurent. L’ensemble sonne avec une évidence naturelle. Le français sonne presque portugais… Quelle priorité accordez-vous au texte ? Vient-il après la musique pour mieux se caler dessus ?
J’ai plus de facilité à travailler les mots que la musique. La musique est pour moi une source qui vient directement de mes émotions, de mon inconscient, c’est quelque chose qui est très peu intellectualisé. Les mots, le travail du texte est pour sa part, beaucoup plus malléable, j’ai donc plus de facilité à travailler en composant d’abord et en écrivant ensuite. Maintenant, il m’arrive parfois, d’écrire et de composer en même temps, il y a des chansons où j’ai défriché l’inconnu en menant les deux parcours de front. Il n’y a pas deux chansons nées de la même façon.
Nous venons d’une culture littéraire. Chez nous ça se transmet par les livres avant tout. Pas au brésil. Au Brésil, c’est par la musique, la danse, le chant … J’ai depuis toujours lutté pour faire sonner mon Français. J’ai horreur de cette chanson soi disant nouvelle qui reproduit tous les travers de notre chanson de rue, avec toute la « misère ! ére ! ére ! » et pauvreté musicale que cela représente aujourd’hui ! une chanson est une histoire d’amour fusionnelle entre la musique et les mots, entre la forme et le fond, pas un collage médiocre d’un piano mal joué mené par la tyrannie des mots souvent très mal chantés !
A la fin du concert, le public a redemandé « les animaux » ou « Andalousie ». Le sourire en coin vous avez préféré reprendre un morceau de votre dernier album. C’est une volonté de tourner la page ? Un hasard ? La prod ?
Je n’aime pas les concerts trop longs. Une fois je m’étais laissé aller à me répandre en longueur avec des guitares voix …Cela m’a été reproché. Depuis je fais attention. Le sourire en coin, c’est parce que je pense qu’ils ont raison de demander. Un jour, je ferai un concert guitare voix où chacun pourra choisir la chanson qu’il veut, un rapport de service, de don, en somme…
Le public avait une réelle écoute et est en demande. Une tournée est-elle en prévision ou des participations à des festivals ? Un scoop ? Un partage sur scène avec un autre artiste ?
Nous travaillons en ce moment sur une mise en place d’une tournée en trio. C’est une formule qui marche très fort. Dans les plus grosses scènes, je rajoute l’accordéon et une percu en plus, comme au Café. Les partages de scène se font au hasard de la vie, des rencontres…J’ai vu Théophilo Chantre au Café de la Danse, nous avons évoqué nos envies…
Vous nous tenez au courant de votre actualité ?
Tapez : www.sustrac.com ! Vous y verrez mon actu, et puis il y a un blog, faut en profiter pour mieux se connaître, la solitude électronique nous donne des inhibitions à toute épreuve !!!!
Merci pour le café.
Merci à vous…
Propos recueillis par Sébastien Mounié
© Etat-critique.com - 14/04/2007