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Mercredi 23 Mai 2012Cinéma

 Inside Job

Inside Job

Charles FERGUSON

Sony Pictures - 2010

Et ta critique ?




Avec l'actualité, Inside Job continue d'être le film le plus flippant du moment... Vraiment utile!


Les images de l'Islande qui ouvre le film de Charles Ferguson sont magnifiques. Cela ressemble à du Yann Arthus Bertrand. C'est beau mais inquiétant puisque le film s'annonce comme une étude de la crise financière de 2008. On s'est trompé de salle?

La beauté de l'île de glace réserve une vilaine surprise à ses habitants. En 2000, le gouvernement dérégule son système financier. Huit ans plus tard, le pays est en faillite. L'exemple est violent et salutaire mais il est juste l'exemple le plus frappant pour expliquer une crise complexe, douloureuse et stupide.

En quatre parties, Charles Ferguson offre un brillant cours d'économie pour déchiffrer la crise mondiale qui nous touche encore. Les chiffres sont affolants. On parle en milliards de dollars et surtout en perte. Finalement, ceux qui perdent l'argent des autres sont les grands gagnants de l'histoire. Vous n'y comprenez rien? Ferguson est un pédagogue d'exception.

Il y a du suspense et des personnages ambigus. Pour Ferguson, tout commence avec Ronald Reagan qui impose la dérégulation des marchés financiers qui vont rapidement grossir.

La spéculation fait brasser un sacré pactole qui entraine une haute criminalité qui ne gène pas le moins du monde le pouvoir politique. Lors des premières crises financières sérieuses, Washington refuse toute proposition de réglementation.

On va donc droit dans le mur. Comme dans un bon film historique, on a beau connaître la fin, on craint pour les protagonistes. On les voit, pathétiques, pétris de certitudes, gonfler une bulle avec l'immobilier et la finance.

Ferguson, l'air de rien, travaille ses interviews et fait bégayer les grands penseurs de l'ultralibéralisme. Il nous venge de ces incroyables maîtres du Monde qui n'ont aucun sens de la réalité et donc de la moralité.

En décryptant la crise, Charles Ferguson dénonce la conscience douteuse et affolante de ces économistes, des lobbyistes ou hommes politiques soumis à une doctrine où les conflits d'intérêt sont flagrants mais toujours rejetés par les principaux intéressés.

Ca fait froid dans le dos. Ferguson signe un geste militant mais rigoureux. Il n'y a pas de mauvaise foi ou d'ego dans sa réalisation. Titulaire d'un doctorat en science politique, le cinéaste explique de manière clinique le drame dangereux qui s'est joué et qui se joue encore.

Il termine son film sur un appel à la révolte. Les banques mettent en danger les Etats Unis et le Monde entier. Son analyse, tendu et fascinante donne un documentaire irréprochable et courageux. L'effort est généreux et louable. On regarde tout cela, sonné et, comme devant un film d'épouvante, flippé. Ca pourrait être salvateur!


Pierre Loosdregt

© Etat-critique.com - 13/10/2011