Grand passionné de cinéma, Barbet Schroeder se promène sur tous les continents. Il débarque en Asie pour une série B ancrée dans la culture japonaise. Amusant mais peu convaincant.
Il est très difficile de ne pas apprécier Barbet Schroeder. Son ouverture d’esprit devrait être un exemple à suivre. Il ne renie pas son passé dans la nouvelle vague, a réalisé des films hollywoodiens et s’aventure dans des contrées difficiles comme son film colombien ou le documentaire.
Le réalisateur ne s’enferme pas dans les habitudes et poursuit un grand voyage cinématographique à travers le Monde. Il pose donc avec Inju, ses valises dans le Japon d’aujourd’hui. Il adapte un auteur local et offre un polar inégal.
En gros, le film souffre de l’arrogance (supposé voulue) de l’acteur principal. Benoit Magimel, depuis quelques films, est en période d’Alaindelonisation. Son jeu se limite à quelques mouvements de sourcils.
Mais c’est vrai que son personnage est un peu prétentieux. Spécialiste français d’un auteur japonais de polars osés, Alexandre Fayard part faire la promotion de son premier livre au Japon. Enchanté de l’accueil, il apprend que son maître, Shundei Oe, n’est pas ravi de sa présence et va tout faire pour lui pourrir la vie…
Le petit Français se perd dans une sombre histoire avec geishas et yakusas. La fiction semble imiter la vie. Fayard s’inquiète et jubile en même temps. Une fois de plus, Barbet Schroeder joue sur les contradictions de ses personnages.
Il observe le masochisme qui hante chacun de ses héros. C’était hilarant dans ses œuvres américaines. Ici, avec une production française exportée au Japon, c’est un peu moins réussi.
Fasciné comme son personnage, Schroeder s’éclate à reproduire les conventions nippones à l’écran. Il appuie sur les perversités fantasmées de la culture locale. Ca devient parfois grotesque. C’est aussi ce qui amuse le réalisateur. Il y a un aspect ludique mais trop téléphoné.
Inju ressemble à un jeu. L’auteur ne se prend pas au sérieux jouant sur les mises en abîme. Il oublie aussi la rigueur qui aurait pu faire du film, un excellent film policier. Au lieu de ca, c’est un petit hommage, assez décevant de la part d’un cinéaste si passionnant.
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 12/09/2008