C’est avec ce roman que Kenaz s’est fait connaître en Israël, à la fin des années 1960. Non seulement ce roman a des échos contemporains mais il faut également davantage connaître Kenaz, écrivain francophile et ayant inspiré des films d’Amos Gitaï
En 1955, dans une base d’entraînement du Néguev, début de l’incorporation pour des adolescents de dix-huit ans, venus de tous les horizons pour accomplir leur service militaire : juif irakien, juif allemand, "Kibboutznik", juif des beaux quartiers de Jérusalem, "Sabra"…
Hormis leur âge, le point commun de ces garçons est leur « profil déficient », selon le jargon militaire, qui leur a valu de se retrouver dans la même compagnie.
"Chair fraîche" pour la hiérarchie, il faudra se plier à la discipline et aux humiliations. Les jeunes conscrits ont des profils et caractères bien différents, et l’armée, loin de niveler les différences sociales et culturelles, va exacerber les conflits, entre des personnages identifiés par leurs surnoms pour le lecteur, Double-zéro, Hérisson.
Ecrit à la première personne, le récit s’inspire sans aucun doute de l’expérience personnelle de l’auteur. Les conditions du service militaire ont-elles changé depuis la période décrite, après la Guerre de l’Indépendance ?
Le roman est intemporel, la cruauté et la tyrannie stupide des instructeurs ne sont pas l’apanage de Tsahal. Dans ce récit d’apprentissage, les adolescents vont perdre toutes leurs illusions, durant un service militaire, qui évoque davantage un camp de redressement, et dont ils ressortiront "cassés". Critique acerbe de la discipline militaire, bourreau et victimes, le roman porte un regard sur la société israélienne à travers ce microcosme.
Face à leurs différences, les jeunes sont intolérants, méprisants pour la culture et la musique arabe. Episode insupportable, un jeune homme épileptique perdra la vie au cours d’un exercice, mais dans le bataillon, tout continue comme avant. L’unité surgit rarement de ce groupe disparate, où l’humour jaillit parfois… miraculeusement.
Le roman est construit en trois parties : l’incorporation, la permission qui montre les relations amoureuses ou familiales des soldats, et l’épreuve finale, l’infiltration. Écrit par un écrivain majeur de la littérature israélienne, traducteur en hébreu des auteurs français classiques ou contemporains, le récit est porté par un souffle , jusqu’au bout du calvaire.
Cécile Robin
© Etat-critique.com - 04/06/2007