Avec Andy Lau, Tony Leung, Anthony Wong et Eric Tsang Studio Canal - 2002 - 1h36
Et ta critique ?
Nanars, chefs d'oeuvre, séries B, curiosités... Etat Critique vous offre une rétro de la décennie écoulée tout en dvd! On célèbre aujourd'hui le film noir le plus essentiel de la décennie. Scorsese lui dit merci en tout cas!
Productions médiocres, auteurs exilés en Amérique, le géant Tsui Hark en panne d’inspiration, rien ne va plus dans l’ancienne colonie anglaise. En s’associant, les cinéastes Andrew Lau et Alan Mak ressuscitent le genre qui a fait la gloire du cinéma local : le polar nerveux !
En apparence, l’histoire est classique : amitié et trahison chez les flics et les voyous. Yan et Ming ont fait la même école de police. Yan est renvoyé. C’est un leurre. Il devient un spécialiste de l’infiltration dans les triades. Seul un supérieur connaît sa véritable identité.
Ming brille dans la police. Irréprochable, le flic a pourtant juré fidélité à Sam, un chef de triade qui compte sur lui pour déjouer les pièges de la police. Armés de leur téléphone, les deux taupes vont donc passer le plus clair de leur temps à se neutraliser.
Infernal affairs a toutes les qualités des polars de Hong Kong. Moderne, le film est un cauchemar urbain où les policiers et les truands sont complètement paumés. Pas de salauds. Pas de gentils. Rien n’est lisse.
Les auteurs appuient sur les ambiguïtés. Les membres de la triade agissent comme une famille unie. La police ressemble à un panier de crabes avec ambition décomplexée et rancune tenace. Au milieu de ça, il y a deux hommes qui font le grand écart.
Le flic est respecté, mais accepte mal son mensonge de plus en plus lourd. La taupe dans la mafia ne supporte plus l’impossibilité d’une vie normale. Ces troubles font naître une subtile mélancolie. C’est l’état d’âme des personnages qui fabrique un beau suspense et non les conflits. En décrivant les petits riens de l’existence pathétique des deux espions, les auteurs réinventent le genre et égratignent la notion d’héroïsme.
Dans ce polar nerveux, le plus impressionnant reste cette facilité d’iconiser des figures stéréotypées. La classe incroyable d’Andy Lau et le mutisme romantique de Tony Leung y sont pour beaucoup. Le charme de ces deux-là permet aux personnages d’aller au-delà de leur fonction et des artifices du genre. C’est là, la vraie magie du polar hongkongais. Quand il est inspiré, ce cinéma est vraiment le plus exaltant ! Scorsese le sait: Les infiltrés est une brillante variation américaine de ce film fondateur.