Une femme, deux hommes. Une histoire d’amour possessive, exclusive, tragique. Linda Lê signe un magnifique roman où rivalisent sensibilité et exigence littéraire.
"Je serais devenu fou si je n’avais pas écrit ce livre.” La première phrase exprime sans détour la douleur atroce qui déchire le narrateur à l’évocation de Sola, son amour disparu, cette jeune femme, écrivaine, dont il est tombé éperdument amoureux et qu'il a dû finalement se résigner à partager avec un autre plutôt que de la perdre définitivement.
En travaillant une fois encore autour de ses thèmes de prédilection (la gémellité, l'amour, la mort, l'exil, l'absence du père), Linda Lê creuse un peu plus encore le sombre sillon de son univers imaginaire que nous avons découvert il y a vingt ans avec la publication de son premier roman, Un si tendre vampire.
Comme toujours dans les romans de Linda Lê, l'essentiel n'est pas tant dans la situation en elle-même que dans les émotions, les sentiments, les réactions qui en découlent et qu'elle excelle à mettre en mots. Des mots précis, choisis, pour des phrases à la fois dépouillées et émouvantes au-delà du raisonnable.
Aussi émouvantes que les confessions d'un homme qui a rencontré puis laissé s'échapper la femme de sa vie, son double au féminin. Aussi émouvantes que sa rage et sa détestation de lui-même et des autres. Aussi émouvantes que le dénouement tragique, inexorable de ce drame sentimental, de ce drame humain éternel.
A quarante-trois ans, Linda Lê n'est sans doute pas l'auteure la plus médiatisée du milieu littéraire, mais certainement l'une de ses plumes les plus affirmées. La profondeur de son œuvre, son travail minutieux, sombre et obstiné la rendent indispensable.
Joël Fompérie
© Etat-critique.com - 01/11/2007