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Mercredi 23 Mai 2012Cinéma

 Il y a longtemps que je t'aime

Il y a longtemps que je t'aime

Philippe CLAUDEL

Avec Kristin Scott Thomas, Elsa Zylberstein, Serge Hazanavicius et Frédéric Pierrot - UGC - 19 mars 2008 - 1h52

Et ta critique ?




Ce film ne fera pas changer d’opinion sur une certaine direction prise par le cinéma français, mais sa sincérité fera vite oublier un parti pris auteuriste parfois maladroit. Une tranche de vie dont la beauté tient surtout dans son propos humaniste.


Le retour de la sœur prodigue était un peu l’idée que se faisait Léa de ses retrouvailles avec Juliette après 15 ans de séparation. Mais de l’eau a coulé sous les ponts : l’une est mariée à un chercheur bourru avec deux mignonnes petites filles et l’autre sort de prison.

Alors qu’il aurait été facile de céder à la tentation de se concentrer sur un faux enjeu destiné à assouvir une curiosité malsaine, le long-métrage s’articule autour du retour à la vie et de la reconstruction du lien familial. Même si le dénouement mettra en lumière cette faute originelle en s’appuyant sur une position morale du réalisateur (ce qui sera sa seule faiblesse), il n’y aura rien à redire, que ce soit sur la forme ou sur le fond.

Les acteurs réussissent parfaitement à incarner des personnages touchants dans des situations très difficiles. Si les rôles sont fonctionnels, leur justesse les intègre parfaitement à une trame narrative épurée de tous les artifices d’usage. Le seul personnage du grand-père incarne le lait de cette tendresse humaine, figure d’une marginalité  que la société tente d’occulter derrière les normes qu’elle a défini.

Les blessures de la vie, des plus insignifiantes aux plus traumatisantes, se confrontent et se posent en témoins des doutes du spectateur. Elles l’interrogent sur l’empathie qu’il éprouve et sur ce qu’il pense ou croit penser. Car il n’y a rien d’immuable quand on observe des personnes de si près.

L’autre écueil dont s’affranchit le metteur en scène est celui du voyeurisme. Suivant la vie d’une famille dans ses moments les plus intimes, tout est en retenue, laissant à l’émotion le soin de raconter l’image plutôt que de la laisser la submerger inutilement. Côté musique, les variations de Jean-Louis Aubert remplacent avantageusement les violons de cérémonie. Il restera seulement une conclusion en demi-teinte face à un film qui aurait pu atteindre la perfection.

Les dernières scènes, trop démonstratives, ne font qu’appuyer le lobbying du réalisateur en faveur de l’euthanasie. Ce n’est pas tant que le plaidoyer soit choquant, mais, placé abruptement à la fin, son traitement ne se pose pas comme une incitation à la réflexion mais comme une affirmation sur laquelle on ne saurait revenir.

En reniant l’opacité choisie dès le début, le mystère de l’acte qui était au centre du récit est abandonné. Les non-dits qui participaient à la beauté de ces gestes d’amour et à la poésie des relations entre les êtres, sont sacrifiés au profit d’un message politique qui aurait gagné à être plus subtil.

Très sensible et d’une humanité touchante, Il y a longtemps que je t’aime est un film aux velléités lacrymales qui a le bon goût de ne pas le faire gratuitement. Une belle fable sur la famille qui ne s’impose en rien aux spectateurs. En toute dignité.


Vincent Valat

© Etat-critique.com - 19/03/2008