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Mercredi 23 Mai 2012Livre

 Il faut laisser maisons et jardins

Il faut laisser maisons et jardins

Marcel SCHNEIDER

Grasset - 205 pages

Et ta critique ?




Le dernier livre de Marcel Schneider est paru peu de temps après sa mort, survenue le 22 janvier dernier. Deux cents pages d’une joyeuse nostalgie. Un livre d'adieu ? Certes, mais probablement préparé de longue date, car un mondain ne saurait rater sa sortie.


Si Marcel Schneider avait depuis longtemps atteint l’âge de l’à quoi bon, son dernier livre ne laisse filtrer aucune fatigue dans le plaisir d’écrire ni de raconter. Les souvenirs et les réflexions s’enroulent autour de quelques personnages qui forment chapitres, sans lien autre que la dilection de l’auteur pour des Julien Gracq, Lord Byron, Nijinski, Denise Bourdet, Robert de Montesquiou, ou Marcel Proust. Ce dernier fait l’objet d’un développement plus long, une forme d’essai.

Il n’est pas interdit de penser qu’un mondain patenté comme l’était Marcel Schneider a regretté, à quelques années près, de n’avoir pas fréquenté les mêmes salons que cet autre Marcel. Salonard d’une époque sans salons (ils ont disparu de la vie littéraire vers la fin des années 1960), il ne pouvait demeurer longtemps dans notre siècle. A défaut peut-être de s’y retrouver complètement, il nous ramène dans le précédent, et parfois bien plus loin encore, par le truchement de portraits et de souvenirs personnels qui composent une balade essentiellement littéraire.


Cette balade est suspendue le temps d’un chapitre, aux bonds surhumains de Nijinski dans Le Spectre de la rose : Schneider était aussi un grand connaisseur de l’art de la danse, et il sait rendre intéressants non seulement les exploits du danseur, mais encore sa folie plus vulgaire.

L’ensemble est écrit dans un style classique et précis, sans concessions à la facilité autres qu’un rare mot d’argot qui sonne, de ci de là, tout droit sorti des années 1950. Il n’est pas surprenant qu’un Grand Prix de la langue française soit venu récompenser Marcel Schneider pour “l'ensemble de son œuvre”, selon la formule consacrée, en 1996.

Ce dernier opus ressemble finalement à son petit appartement de la rue de Turenne, à Paris. Rempli de livres et de fantômes, mais accueillant : les premiers restent à leur place, les seconds prennent vie.


Philippe Muller

© Etat-critique.com - 27/04/2009