En général, à l’approche des fêtes, Walt Disney ne peut se retenir de sortir un film moraliste et dégoulinant de bons sentiments. Chose faîte cette année avec une guimauve de bonne qualité, à consommer avec ou sans enfants.
Une roturière qui vit au milieu des animaux de la forêt en rêvant de son prince charmant : nous sommes bien dans un conte de fées. Les futurs tourtereaux chantent leur amour, pendant que les animaux discutent couture ou ménage et que la (méchante) reine fomente un piège machiavélique pour préserver la lignée royale d’un impur sang prolétaire : nous sommes bien chez Walt Disney.
Nous entrons donc dans cette histoire par un dessin animé dont les qualités scénaristiques et graphiques prouvent bien que les meilleures années du studio en matière d’animation 2D sont très loin derrière lui. Mais qu’importe, puisque là n’est pas le propos. Après dix (trop) longues minutes, se produit l’événement qui fait l’originalité du long-métrage : l’arrivée impromptue des plus fictionnels des personnages dans le plus dur des mondes. Le nôtre.
Le décalage recherché est un peu trop facile pour être honnête. L’enchaînement de scènes qui en résulte amalgament tous les quiproquos possibles et imaginables par la promiscuité entre le quidam new-yorkais et nos héros à l’infinie candeur. Mais en dépit d’un démarrage un peu pâteux qui ne réveille pas l’enfant qui est en nous, il faudrait être extrêmement mauvais public pour ne pas apprécier la folie outrancière et assumée de ces pérégrinations improbables.
Comment ne pas résister à la séquence de nettoyage ménager par les seuls animaux disponibles en milieu urbain, aux chansons mielleuses ultra-chorégraphiées et à un écureuil adorablement expressif qui dès les trois premières secondes à l’écran vous fera songer à l’acquisition d’une parcelle de forêt dédiée à l’élevage du rongeur arboricole.
Mais le film joue surtout sur les contradictions entre les parts d’innocence et de cynisme qui sont en chacun. Le ridicule d’un romantisme suranné confronté à notre propre vision des affaires de cœur (ou d’autres parties anatomiques) se révèle originale et moins moraliste que ce qu’on aurait pu craindre. Certes, les dix dernières minutes sont autant un calvaire que les dix premières (et pour les mêmes raisons), mais cela n’entache en rien la joie d’un détournement réussi.
La qualité des acteurs y est certainement pour beaucoup, James Marsden en tête qui nous livre une fantastique composition du prince charmant d’opérette, grandiloquent et ne pouvant s’empêcher de considérer les trois-quart de la population comme des paysans. Et ne parlons pas de la future princesse à la capacité d’hallucination irréelle. De quoi oublier la prestation dramatique (dans les deux sens du terme) de Susan Sarandon en reine maléfique.
Les plus petits n’y comprendront pas tout mais ne s’ennuieront certainement pas. Les plus grands regretteront une transition bâclée d’une femme à la limite de la décérébration qui devient indépendante. Mais il faut croire que Disney a du mal à faire l’autocritique du machisme dans les contes de fée qui ont fait sa fortune. On ne scie pas la branche sur laquelle on est assis après tout.
Sans être aussi inventif et iconoclaste qu’un Shrek, Il Etait une Fois réussit à nous faire passer de bons moments. Dommage qu’à force de chercher jusqu’à la fin à quel public s’adresser, le réalisateur rend son breuvage un peu trop tiède. Goûtu, mais tiède.
Vincent Valat
© Etat-critique.com - 03/12/2007