Un DVD à offrir à votre beauf si vous en avez un et qu’il est beauf.
Il y a plusieurs catégories de comiques : les génies comme Chaplin ou Raymond Devos, les hors normes comme Coluche, les batailleurs dont le comique est une arme contre la médiocrité et l’injustice : Lenny Bruce ou Guy Bedos.
Il y a malheureusement d’autres catégories : ceux qui soufflent dans leurs trous du cul pour faire du bruit et qu’on les remarque (Bigard) et aussi une catégorie assez vaste, qui aurait tendance à laisser interrogatif ou dubitatif : les médiocres, les moyens. Franck Dubosc fait partie de ceux-là.
D’un physique agréable entre Spirou défraichi et Spip dévorant des noisettes, il joue plutôt bien. Une des qualités qu’il dévoile dans son dernier spectacle gravé sur DVD : « Il était une fois… Franck Dubosc », est d’occuper la scène, de faire le show. Voilà un garçon qui mouille sa chemise.
C’est une de ses qualités mais je n’en vois pas beaucoup d’autres. Il écrit lui-même ses spectacles et son texte est indigent. Quelques blagues salaces ne nous effraient pas mais rester en dessous de la ceinture prive des joies de l’esprit. Appeler sa quéquette Jean-Claude Dus, en hommage au personnage joué par Michel Blanc dans Les bronzés, fait vaguement sourire une première fois.
Mais Dubosc nous assène ses maigres vannes, une dizaine de fois durant le spectacle. Cela doit être son idée du comique de répétition. On voit bien ce qu’il veut faire de son double qui plastronne sur scène : un matamore, comme dans les pièces de Comedia del’arte. Un histrion qui nous régale de ses rodomontades et que le public, son public, aime parce qu’il lui tend un miroir.
Et l’on revient à la médiocrité. Le miroir dans lequel le public de Dubosc se mire, lui montre une humanité sans relief : des gens qui ont tous les mêmes problèmes, ma bonne dame, mais rien de catastrophique : grandir, être dépucelé, trouver un job et partir en vacances, trouver la bonne compagne, le boulot qui convient et vieillir. La grande aventure reste dans un coin du crâne pour faire croire qu’on est exceptionnel mais la grande aventure pour Franck Dubosc consiste à se faire passer pour un grand de l’humour alors qu’il n’est qu’un ouvrier spécialisé de la pignolade.
Je suis comme tout le monde, nous dit-il, et c’est pour cela que je suis une star. IL transpire quand même de son spectacle que malgré ses efforts d’autodénigrement, le rigolo ne se prend pas pour de la merde.
Franck Dubosc pourrait avoir de nombreux moments d’anthologie dans « Il était une fois » mais il s’arrête toujours à mi-chemin de la bonne idée et ne recule jamais ni devant les facilités d’écriture ni devant un clin d’œil complice à « son public ». Il rit toujours Avec et jamais Contre. C’est un rire qui nous dit : j’ai une petite bite comme toi, je te ressemble. Certains peuvent trouver cela hilarant, ceux qui rient aux histoires de bites.
Le paysage humoristique français est gangréné par ces comiques pas drôles qui font des vannes et nous lancent des clins d’yeux.
http://www.franck-dubosc.com/
Philippe Sendek
© Etat-critique.com - 17/11/2009