Le créateur de Beavis & Butthead après avoir désacralisé le monde du travail dans Office Space, livre une satire cinglante sur l’Amérique moderne. A moins d’être américain et de ne pas comprendre le second degré, ne boudez pas votre plaisir devant cette œuvre d’anticipation d’une inventivité rare particulièrement jouissive.
Supposons un moment que le darwinisme tombe en panne. La sélection naturelle s’inverse. Les espèces les plus évoluées disparaissent alors au profit des individus les plus faibles du fait de leur fort taux de reproduction. Laissez s’écouler cinq siècles et observez le résultat.
L’archétype de l’américain moyen accompagné d’une fille de joie vont malgré eux faire cette découverte. Sollicités pour une expérience militaro-scientifique de cryogénisation, nos Adam & Eve de fortune vont se retrouver dans un futur où le QI moyen tend péniblement vers 10.
Le scénario n’a pas vraiment d’importance ici et en révéler une partie gâcherait l’effet de surprise qui participe grandement à l’hilarité du spectateur. A l’instar des comédies de Mel Brooks ou du trio ZAZ (Y-a-t’il…, Hot Shots!…) dont Mike Judge se révèle être un bel héritier, tout réside dans l’agencement savant des gags. De la figuration en arrière-plan aux références pop-culturelles en passant par les dialogues et les situations, tout est truffé d’un humour parfois gras mais tellement savoureux. Tout s’enchaîne à un rythme effréné grâce des trouvailles comiques bien senties même si on peut parfois regretter leur facilité.
Ce pamphlet dédicacé à Georges W. Bush est un formidable plaidoyer pour l’Education Nationale américaine tout en ayant un discours très critique vis-à-vis des partisans du moindre effort intellectuel sûrement présents dans la salle. Une façon de dire à ceux qui ont voté républicain qu’ils ont choisi un candidat qui leur ressemble. Il serait dommage que le public français prenne la chose comme de l’anti-américanisme primaire sans penser à regarder devant sa porte, car ce qui est vrai pour nos voisins outre-atlantique ne l’est pas moins pour nous.
Poussée à son paroxysme, la satire trouve naturellement sa place dans ce long-métrage auréolé de cynisme qui, à défaut de provoquer un changement de comportement, permettra au spectateur de passer un très bon moment.
Vincent Valat
© Etat-critique.com - 25/04/2007