La Blanche revient en Imbécile Heureux, un album à deux facettes qui célèbre la paradoxalité de la vie et de ses emmerdes. Une des jolies surprises de 2010.Un tir aux pigeons en règle avec une plume de velours.
Qu'il semble loin le temps de l'album Disque d'or, du crooner séducteur prêt à faire déhancher les filles sur le dance-floor de "Tout est parfait", le morceau phare de l'album précédent.
La Blanche se promène dans la vie comme un dilettantiste amoureux des mots. Il prend le temps de se foutre du monde et de défier la vie par sa simple existence. Une jolie démarche culottée pour désacraliser l'intenable et prendre de haut ce qui nous ramène toujours en bas, les déceptions amoureuses, la solitude amère et la grisaille humaine accablée parfois par le destin quand ce n'est pas par la connerie.
L'"Imbécile heureux" est proclamé comme un échappatoire à l'ennui et aux tourne-en-ronds d'une lucidité dévastatrice, avec un regret profond pour la naïveté de l'enfance. « Je veux être idiot, être insouciant. » comme une overdose de vie devant un monde adulte écrasant, et devant la vanité du réel. Une quête vers un paradis perdu.
La chanson du patron ("Je renvoie") lance sur des airs hispaniques et des cuivres une ode aux licenciements avec une légèreté déconcertante. Un égoïsme à bouton de manchette qui ne prend jamais de gants. « Je fais cracher du rendement ». « Je m'occupe des encombrants ! » La morale de mon historiette est la morale de l'argent ». Un conte draculesque qui rappelle la cupidité des riches patrons.
Dans "Je veux te revoir", les « je te hais » sont gentiment clamés avec des violons pour rappeler l'être aimé même quand il faut se résoudre aux adieux. Accepter de se perdre pour perdre l'autre. Une lamentation d'un promeneur solitaire qui prend le temps de donner aux mots leur sens. Un joli morceau d'écriture pour montrer toute la complexité de la passion. Tout simplement beau.
"Mon ennemi" célèbre en miroir la duplicité du sentiment humain sur des arrangements glissants (slide). « Je tremble pour ce salaud ». « Tu coules dans mes veines comme la honte et la haine ». « Mon fidèle ennemi... »
Quant à la a ballade "L'effondrement" elle rappelle avec espoir et naïveté que l'amour reste encore le seul moyen de tenir. "Etre en vie c'est déjà beaucoup". Une projection dans l'avenir après notre actuel effondrement pour essayer de rêver un avenir heureux. Une ballade en demi-teinte qui s'enchaîne avec La Balançoire, symbole d'un autre va-et-vient permanent...
La Blanche résonne brillamment avec notre temps. Une forme de célébration de l'essouflement du monde. Une déclaration d'amour à la vie down tempo pour nous faire prendre conscience des travers humains aussi cruels soient-ils. Un monde de mensonges où les hommes sans histoires sont les plus belles salopes et finissent toujours par se mentir à eux-mêmes. Un tir aux pigeons en règle avec une plume de velours. A méditer.
Merci La Blanche.
Sébastien Mounié
© Etat-critique.com - 12/02/2010