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Jeudi 23 Février 2012Musique

 ILLAPS au Sunset

ILLAPS au Sunset

. TRISTAN MACÉ QUINTET

Concert du 21 septembre 2010 au Sunset, Paris

Et ta critique ?




Illaps au Sunset. De la technicité de haut vol pour des morceaux sans compromission et célestes.


Illaps est un Quintet formé par Tristan Macé au bandonéon, Hubert Dupont à la contrebasse, Sébastien Llado au trombone, François Merville à la batterie et Yann Cléry à la flûte. Avec ce quintet à la formation fraîche et inhabituelle, le son est forcément déroutant, proche de l’inconnu.

Une ILLAPS dans le tome 8 de l’Encyclopédie de Diderot désigne « une espèce d’extase contemplative où l’on tombe par des degrés insensibles, où les sens extérieurs s’aliènent, et où les organes intérieurs s’échauffent, s’agitent, et mettent dans un état fort tendre et fort doux, peu différent de celui qui succède à la possession d’une femme bien aimée et bien estimée. »

Ce soir là au Sunset, l’ambiance est plutôt chaleureuse même si les noctambules préfèrent siroter leurs mousses et leurs cocktails sur le trottoir plutôt que de tenter l’expérience de l’inconnu.

Nous sommes une trentaine dans la cave du Sunset. Des couples de vieux retrouvant une jeunesse, un trio passant ce début de soirée à admirer le dernier Iphone. » Moi j’ai droit à trois numéros ». Des « moi-je-me-vois-dedans ». Au premier rang, une grande veste bleue a invité sa famille. Juste derrière, un couple petit-pull-bleu-clair sur les épaules patiente les bras posés sur les genoux. La femme ose parfois se retourner. Elle cherche un des musiciens qu’elle connaît. Et puis il y a les jeunes femmes. Une étudiante en psycho qui déplore l’attitude pédante des universitaires garants du savoir. Une étudiante déjà prof de théâtre, séductrice, piercing, coupe à la Tony-and-Guy. Derrière, dans l’ombre,  les amateurs de photos parlent d’argentique et du difficile compromis avec le numérique.

Bandonéon passe. Musiciens passent. Illaps. Tristan ajuste les partitions parallèlement à sa veste. Annonce de trois sets avec légèreté. Oeil qui frise. C’est parti. « Mangrove mental » plante des racines aériennes de toute beauté. Le premier titre est bluffant. La flûte de Yann Cléry est magique. Une élévation qui rappelle les grandes heures psychédéliques d’un rock progressif à la King Crimson ou à la Pink Floyd. En fin de morceau le trombone prend le relais pour un atterrissage en douceur de la flûte. Une jolie composition.

La suite permettra de mettre en valeur successivement l’arachnéen Hubert Dupont dont nous avions aimé le dernier album. Les doigts d’Hubert tricotent un son de haut vol. Quand il tisse avec son archer, le bandonéon ne peut que s’incliner. Un bandonéon intelligemment placé qui sait apporter sa chaleur et se lancer dans des « Piazzoli » qui tanguent pour relancer le set ou pousser les autres instruments à foncer comme dans « Un petit vélo dans la tête ». Le trombone, de son côté, use souvent d’humour. Un humour grinçant presque angoissant quand il se répète inexorablement et devient aussi percutant que la batterie.

L’ensemble est de grande qualité. L’approche est parfois expérimentale mais il faut bien le reconnaître, c’est dans les morceaux mettant en valeur les nappes sonores que le groupe vous fait décrocher rapidement. Le mélange de la flûte, du bandonéon, de l’archer, et de la percussion presque pop est une vraie réussite. Alors quand le tromboniste se lance dans un chant diphonique en parallèle, l’Illaps est assurée. A entendre les yeux fermés.

http://www.myspace.com/tristanmace
http://www.hubertdupont.com/


Sébastien Mounié

© Etat-critique.com - 23/09/2010