RSS - Les dernières actualités RSS - Les dernières news Réalisé par Agence Web Conseil - Little Big Studio RETOUR A L'ACCUEIL - QUI SOMMES NOUS - RECRUTEMENT - CONTACT

Mercredi 23 Mai 2012Cinéma

 Horton

Horton

Jim HAYWARD et Steve MARTINO

avec les voix de Dany Boon/Jim Carrey 20th century fox - 2 avril 2008 - 1h35

Et ta critique ?




L’éléphant qui parlait à un grain de poussière. Même si Ésope (ou La Fontaine par la suite) ne se serait pas aventuré à illustrer ainsi une morale sur l’anticonformisme, il faut admettre que le résultat vaut le coup d’œil.


Le Dr. Seuss est très peu connu en France et ce ne sont pas les deux dernières adaptations de ses livres pour enfants (où les personnages furent incarnés par Jim Carrey et Mike Myers) qui pourront faire pencher la balance. Pourtant, à partir des années 1950, cet écrivain/dessinateur américain a rédigé les histoires les plus lues aux têtes blondes américaines. Un peu comme Martine chez nous.

Caricaturiste politique pour un journal de gauche pendant la guerre, son œuvre a été influencée par des thèmes comme la liberté d’expression et le refus de la dictature, quelle que soit la forme qu’elle revêt. Et c’est précisément de ça qu’il s’agit. Et d’un éléphant qui parle à un grain de poussière, donc.

Rassurez-vous, les petits se réjouiront d’un récit très bien construit (à la fois fidèle à la forme originale tout en prenant des libertés maîtrisées) avec des gentils qui sont très sympathiques et des méchants qui font un peu peur (mais pas trop). Ils suivront avec délectation les efforts insensés d’Horton, éléphant cabotin (Dany Boon en français, mais surtout Jim Carrey qui assure en V.O., auprès de l’auteur, sa rédemption après le Grinch), pour sauver un monde minuscule que personne ne peut (ou ne veut) voir.

Mais le pachyderme n’est pas schizophrène. Car ce petit rien contient des formes de vie avec tout plein de poils. Elles forment une société calquée sur la nôtre (saurez-vous retrouver les critiques sous-jacentes ?) qui sera également soumise au déni de l’existence de l’autre. Seul le maire de cette petite ville-monde aura le pouvoir de faire s’affirmer un peuple qui refuse lui aussi de voir ce qui pourrait le détourner du confort de ses certitudes.

On est pourtant loin du paradigme chrétien où ceux qui attendent de voir pour croire sont relégués au ban de l’humanité. Mais ce parallèle accompagnant la polémique sur la reprise du slogan du film (une personne est une personne, quelle que soit sa taille) par des fondamentalistes religieux anti-avortement, il y a de quoi s’interroger.

Certes, les valeurs mises en exergue dans le long-métrage se rapprochent d’une conception religieuse (judéo-chrétienne, histoire de ratisser large), mais elles sont devenues tellement universelles qu’elles ne représentent plus qu’un manifeste pour l’ouverture d’esprit et la conscience de l’autre. Ce qui revient à enfoncer une porte ouverte. Même si dans notre société, elle se referme très rapidement.

Reste la morale la plus insidieuse du long métrage. Celle qui traite de la liberté d’expression, de la manipulation des puissants pour contrôler le monde en imposant leur vision, de l’absolue nécessité d’imaginer au-delà de nos croyances, de la force de conviction et de l’acceptation de la différence pour pouvoir vivre ensemble. Mais c’est tout de même l’histoire d’un éléphant qui parle à un grain de poussière.


Vincent Valat

© Etat-critique.com - 21/04/2008