Un romancier, c’est souvent un ami. Une nouvelle parution équivaut alors à un coup de téléphone qui permettrait d’avoir des infos sur la santé de son ami.
Tonino Benacquista est un type sympathique dont on a beaucoup aimé certains livres. C’est donc, confiant, qu’on prenait des nouvelles de l’ami Tonino en achetant et lisant Homo erectus.
Horreur, malheur ! Ce roman est entièrement raté. On dirait qu’un esprit malin s’est emparé de Tonino, réduisant sa prose à une succession de clichés journalistes en vogue dans la presse masculine. Une morale bien de notre époque s’empare du livre, où toute transgression, tout saut hors de sa classe sociale est puni.
Cette morale tartinée à longueur de page est la suivante : faites quelques excès, si vous ne pouvez pas faire autrement mais ne persévérez pas dans l’excès. C’est mauvais pour la santé.
Il y a des musiques d’ascenseur. Voilà bien une morale d’ascenseur.
L’histoire était pourtant bien partie. Traitée par l’auteur de Saga, elle aurait pu déboucher sur les mille et une nuits des relations Homme/femme. Tous les jeudis soirs, dans des endroits différents, une centaine d’inconnus mâles se retrouvent pour raconter une histoire, leur histoire, dans un silence attentif. Le sexe masculin est soit triomphant, soit flapi. En tout cas, la réunion est un lieu d’écoute, d’échange et de réflexion.
Trois personnages se lient d’amitié lors de ces réunions ; un philosophe Sorbonnard, un vitrier et un serveur de Brasserie. Le philosophe va s’éprendre d’une Top modèle (allo, vous avez demandé Barbara Cartland, ne quittez pas…) le vitrier dont la femme a eu un écart de conduite, va pour se venger, sortir avec le plus de putes possibles, histoire de retrouver sa liberté (à la fin tel un Marc Levy en apnée, il découvrira que se prostituer est un métier dangereux). Le serveur, lui, a l’impression d’avoir perdu tout pouvoir de séduction. Il se retire de la compétition amoureuse, sombre dans la dépression jusqu’au soir où une inconnue frappe à sa porte…
Vieillir peut être un naufrage, si l’on perd l’inspiration. C’est le sort passager de Benaquista, qui nous avait habitués à mieux. Ses derniers romans accusaient une baisse de régime. Celui-ci est tout simplement sans consistance. Relisez Henri Miller, Edgar Hilsenrath ou même Louis Calaferte. Faites des économies, n’achetez pas Homo Erectus.
Philippe Sendek
© Etat-critique.com - 19/04/2011