Planant entre piano et synthés, la musicalité de Charlie Alex March s’articule autour du prisme de la pesanteur. Les mots n’ont pas leur place. Et c’est tant mieux.
A l’instar de certains petits camarades signés chez Loaf Records - l’electro-afro-beat barrée de Vowels, le barnum caennais de Gablé ou The Lonesomes qui se prennent pour des vaches - , Charlie Alex March vient lui aussi d’une autre planète. Calme, la planète. Très calme…
Pourtant, ça partait mal. « Qu’est-ce que c’est que cette daube ? » Du mauvais Jean-Michel Jarre qui aurait rencontré un imitateur de Air. Plan 9 sent le vieux. L’ouverture ratée du premier album de Charlie Alex March ne serait-elle pas le fruit d’un surprenant calcul, pour mieux apprécier la sucrerie musicale suivante. Francisca’s Theme se construit autour de xylophones qui répondent à un clavier. Une légèreté salvatrice surplombe des violons. Un couffin se réjouirait de ce titre présent sur le premier EP "When the Clouds Clear", en 2006, signé déjà chez Loaf.
Mao n’aurait probablement pas aimé qu’un artiste occidental use de son nom pour dégager un vent de liberté. S’ensuit une succession de notes de piano coincée entre des beats acidulés. Avec en arrière-plan continu, ce fond soyeux approprié destiné à ne pas agresser l’ouie.
Charlie Alex March a réussi à tenir une constance dans sa musicalité, n’hésitant pas à mélanger pianos traditionnel et électrique. Andy Ramsay (Stereolab) à la batterie et Gabriel de Metronomy à la basse/guitare sont venus prêter main forte à ce discret compositeur.
Cortot n°6 arrive à jouer sur différents terrains : le tragique, le lyrique et le classique. Le violon influe sur la terreur, mais derechef l’ouïe ne peut échapper aux veloûtes cotonneuses. Kyoto’s Broken Piano ne casse pas ce fil imaginaire. Ou plutôt les cordes, véritable instrument clé de cet opus.
Son of a Joe, qui referme "Home/Hidden", hérisse le poil de la sensibilité. Que faire face à un maestro devant son piano ? Se féliciter d'être aujourd'hui, date de sortie dans les bacs d’un album dont le nom intrinsèque revenait à la piste n° 5. Mélodie.