Retour sur les grands crus de cette année 2011, avec d’abord des Fleet Foxes qui passent avec brio l’épreuve du second album. La bande de Pecknold élargit sa palette sonore et nous livre à nouveau 12 pépites folk-rock.
Tous les vingt ans environ, il se passe quelque chose à Seattle : après Hendrix en 1967, après Nirvana et Pearl Jam en 1991, c’était une bande de jeunots barbus qui débarquaient de l’Etat de Washington il ya trois ans.
Ceux-là semblaient avoir passé leur enfance dans une cabane de leurs immenses forêts, au milieu des disques de leurs parents, qu’on imagine bien néo-hippies et écolos. Le premier album de ces Fleet Foxes ("Fleet Foxes", 2008), mélange d’harmonies vocales réminiscences des années 60-70, de folk céleste et de pop psychédélique, avait d’un coup balayé toute la concurrence néo-folk.
Un disque de platine et une tournée triomphale plus tard, revoilà donc les Fleet Foxes, attendus comme le loup blanc pour le grand oral du 2ème album. Apparemment la gestation n’a pas été de tout repos, puisque le groupe a usé pas moins de quatre studios, de Woodstock à Seattle, connu des périodes d’angoisses créatives, de maladies, de ré-écritures, de séances ajournées et reprogrammées.
C’est ce genre d’épreuves qui vous font des leaders, et Rob Pecknold s’affirme de plus en plus comme l’homme fort des Fleet Foxes. Non content de posséder une des plus belles et puissantes voix de la nouvelle génération du rock, notre homme sait plus que jamais vous ficeler des chansons qui vous envoûtent, que ce soit de petites ballades folk simples et émouvantes (Blue Spotted Tail) que de grandes suites pleines de détours, d’accidents de terrain et de clairières (The Shrine/An Argument ou le final Grown Ocean).
Dès le premier morceau, Montezuma, déjà un classique avec ses chœurs célestes et sa mélodie évidente, il déclare tout de go « So now I’m older than my mother and father when they had their daughter » (maintenant je suis plus vieux que mes parents lorsqu’ils ont eu leur fille). A 25 ans, âge charnière, Robin réfléchit sur lui-même, et les paroles prennent un ton beaucoup plus personnel que sur Fleet Foxes. D’où ce disque étonnement mature, qui ne cherche ni à tourner le dos à son prédécesseur, ni à le recopier.
On reste dans un canon folk-rock très West Coast, sixties-seventies d’inspiration, mais on sent que Pecknold s’est ouvert à d’autres influences comme le folk britannique de Roy Harper ou Bert Jansch (Sim Sala Bim), le free-jazz des époux Coltrane (magnifique partie de sax sur The Shrine/An Argument), ou même quelques pincées d’épices orientales (Bedouin Dress). Et les Fleet Foxes ont plus que jamais soigné les arrangements, utilisant parfois des instruments rares ou oubliés comme le marxophone, le dulcimer ou même les bols tibétains !
Il en résulte un album qui se bonifie avec les écoutes successives, peut-être un peu plus dispersé que le premier, mais d’une richesse et d’une puissance émotive époustouflantes.
Chapeau (ou plutôt bonnet de laine) aux Fleet Foxes, une seconde fois prétendants au titre d’album de l’année, et désormais rois incontestés du néo-folk !