On se demande bien ce que prend cet auteur de manga pour réaliser ses courtes histoires? Ca semble être du costaud.
Au mois d'août, le réalisateur de film d'animation Satoshi Kon disparaissait suite à un cancer foudroyant. L'homme fut responsable d'un sophisme cinématographique incroyable, Paprika. Tout s'y mélangeait: la réalité, la fiction, le rêve, le cinéma, l'art. Cela donnait un patchwork hautement hallucinatoire et complètement déglingué.
Inception à coté, c'est une trace de pneu dans l'histoire du cinéma. Heaven's door, la bédé du Japonais Keiichi Koike s'apparente elle aussi à un gros trip surfant sur les limites de la réalité, du temps et de l'espace.
Koike avait déjà inventé un héros amateur de drogues dans Ultra Heaven, il montre ici une fois de plus son goût pour les effets délirants et les dessins déséquilibrés.
On pense beaucoup aux artistes des années 70 comme Moebius ou Druillet. Les planches sont des petits contes philosophiques finalement très rock'n'roll. Au point de dérouter le lecteur.
Koike adopte des styles différents. Il fait dans le psychédélisme le plus total pour sa première histoire avant de s'échapper dans des petites vignettes underground par la suite puis revenir sur des histoires fantastiques qui doivent se lire dans un autre sens.
Bref, le mangaka s'amuse et fait preuve d'une liberté débridée. Un peu trop, c'est vrai. On se sent presque malmené par ses idées inhabituelles. Certains dessins sont presque agressifs. Il décompose et recompose un dessin pourtant assez classique. Il joue avec les perspectives et les cadres. Le dessinateur casse les conventions et prend un malin plaisir à tordre tous les principes de réalité.
Parfois il nous perd et de temps en temps, il trouve l'émotion juste (une petite préférence pour l'histoire de l'enfant battu et sa tortue). Son univers déformé capte un sentiment universel. On finit par se sentir bien dans ce grand détournement de la réalité, comme dans Paprika. Bizarre, old school et finalement réussi!
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 28/09/2010