Un nouveau grand film de Gus Van Sant. Un nouveau grand rôle pour Sean Penn. Harvey Milk vaut ses deux Oscars. Et même un peu plus.
Règle numéro un : toujours se méfier des biopics. Règle numéro deux : ne jamais douter du talent de Gus Van Sant. Ni de celui de Sean Penn, d’ailleurs. En retraçant les huit dernières années de la vie d'Harvey Milk qui, dans les années 70, fut le premier homme politique américain ouvertement gay à être élu à des fonctions officielles, à San Francisco, le duo prenait le risque de la fable édifiante.
Van Sant avait déjà intelligemment succombé à la dangereuse tentation biographique en signant un brillant Last days qui, s’inspirant librement des derniers jours de Kurt Cobain, explorait les penchants suicidaires de l’icône grunge.
Harvey Milk, le film, est à l’opposé de cette approche “artistique”. Plus frontal, il se présente comme un véritable travail de reconstitution fidèle d’une époque et d’une carrière politique peu commune. Pour la première fois sans doute dans l’oeuvre de Gus Van Sant, la traque maniaque du détail (jusque dans le choix d’acteurs offrant une frappante ressemblance physique avec leur modèle) remplace la vision “romantique” de son sujet.
Pas de mise en scène virtuose (Elephant), ni de photographie saturée (Paranoïd Park). Harvey Milk flirte avec le documentaire pur et dur, une certaine dimension esthétique en plus. Présentation du contexte (ségrégation, haine, exclusion), respect de la chronologie, rappel des nombreux échecs qui ont précédé le succès électoral, exposition des compromissions politiques qui l’on permise... Rien n’échappe au travail scrupuleux du réalisateur.
Autant de gages de sérieux qui permettent à Sean Penn de démontrer, s’il était besoin, qu’il est bien l’un des meilleurs acteur (et réalisateur) du moment. En incarnant véritablement son personnage, il livre une performance confondante de crédibilité et de subtilité justifiant amplement son Oscar !
Le résultat, aussi bouleversant que convaincant, fait d’Harvey Milk un grand film de plus à l’actif de Gus Van Sant. Série en cours.
Joël Fompérie
© Etat-critique.com - 23/03/2009