Après les premiers émois de Molière, les premières boucheries de Leatherface, voici une nouvelle évocation de la jeunesse contrariée d’une célébrité : la naissance des goûts culinaires d’Hannibal Lecter, déséquilibré exquis et carnassier.
Dino de Laurentiis est aussi roublard qu’Hannibal Lecter. Le producteur use et abuse du serial killer sans aucune honte. Avec l’aimable participation du romancier Thomas Harris, l’infatigable producteur italien a su faire du bon docteur cannibale, une franchise rentable mais pas du meilleur goût.
Il était déjà producteur du Sixième Sens, Manhunter de Michael Mann où Lecter était interprété par Brian Cox. Il a emballé le boursouflé Hannibal puis le tout nul Dragon Rouge (remake du Sixième Sens, Manhunter). La série a décliné artistiquement mais le personnage s’est incrusté dans la conscience collective comme un monstre vénéneux.
Les investigateurs de la série se tournent désormais vers le passé du personnage. Quelques semaines après la sortie du livre de Thomas Harris, voici donc le film, écrit par Thomas Harris, produit par de Laurentiis et accessoirement réalisé par Peter Webber, auteur d’un bon premier film, La Jeune Fille à la Perle.
Hannibal Lecter enfant, voit sa famille mourir pendant la seconde guerre mondiale. Il est hanté par la mort de sa petite sœur, réduite en ragoût par quelques soldats lituaniens. Orphelin, Hannibal n’a pas peur de rosser les brutes et finit par quitter son pays pour retrouver un vieil oncle en France. Ce dernier est mort mais il est pris en charge par l’épouse, une charmante japonaise aux traditions atypiques. En grandissant, la vengeance démange les instincts meurtriers du jeune homme, étudiant en médecine…
La vengeance est un plat qui se mange froid et l’appétit vient en mangeant. C’est ce que dit en substance ce nouvel opus. Il le fait de manière assez maladroite. C’est trop long. L’arrivée de la culture japonaise n’était pas présente dans les œuvres précédentes. Certaines mises à mort rappellent Saw.
Il est facile aussi de déplorer le casting. Le français Gaspard Ulliel s’en tire mais les grimaces de Rhys Ifans agacent. Dominic West en flic franchouillard est tout pale. Gong Li apparaît comme l’unique vrai frisson du film.
Les défauts sont nombreux pourtant le personnage continue de fasciner. Peter Webber propose une vision moins conventionnelle du personnage. Ce n’est plus un super vilain qu’on adore mais un môme paumé et névrosé. La photographie donne un ton européen et décadent assez divertissant. Le coté rétro marche à plein régime et Lecter est mieux traité ici que dans le simplet Dragon Rouge.
Ces origines du mal sont logiquement décevantes. Mais la classe du génie du mal subsiste et évite que cet épisode laisse le spectateur sur sa faim !
Pierre Loosdregt © Etat-critique.com février 2007
© Etat-critique.com - 12/02/2007