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Mercredi 23 Mai 2012Cinéma

 Hamlet

Hamlet

Kenneth BRANAGH

Avec Kenneth Branagh, Derek Jacobi, Julie Christie et Kate Winslet Warner Bros – 1996

Et ta critique ?




Les coffrets dvd se font nombreux en période de fêtes. En deux petites galettes, le généreux Kenneth Branagh nous offre une adaptation complète de la plus célèbre pièce de Shakespeare. Bien entendu, il y a des défauts mais le dévouement du cinéaste amène une vraie réussite.


La carrière de Branagh serait bien fade sans Shakespeare. Ses plus grands succès sont des adaptations de l’œuvre du dramaturge. Son coup d’essai, Henry V, était un coup de maître. Beaucoup de bruit pour rien fut une belle comédie romanesque à succès. Son pari le plus audacieux, Peines d’amour perdues, était aussi une variation sur l’œuvre de Shakespeare.

Même lorsqu’il adapte Frankenstein, on pense au génie de la littérature anglaise.  Branagh est un pur produit de la culture britannique et il lui rend bien. Face à Hamlet, la réponse du réalisateur ne pouvait qu’être énorme et hardi. Son Hamlet propose donc la totalité du texte et 10 ans, après sa sortie, voilà cette version enfin en dvd.

Pas de raccourci. Pas d’ellipse. Le texte est respecté jusqu’à la moindre respiration. Cela donne donc un peu moins de quatre heures de métrage, disposées sur deux disques. Branagh se régale d’offrir l’intégralité de la pièce qui connaît quelques changements pour cette version.

Le Danemark moyen âgeux disparaît au profit d’une ambiance napoléonienne. Tourné dans un palais anglais, le château du roi est fait de portes coulissantes, d’escaliers secrets et de passages cachés derrière les bibliothèques. Cela va très bien à la folie feinte d’Hamlet, tourmenté par sa mission vengeresse.

Habile, le cinéaste joue aussi avec les miroirs nombreux et révélateurs de la corruption, des trahisons et de la colère qui secouent le royaume. La mise en scène est époustouflante.  Elle s’emporte au moindre mot. Elle est contaminée par la richesse du texte. Le château est filmé sous toutes les coutures et s’il est le lieu quasi unique de l’action, il est un passionnant labyrinthe, fait de passions et de rancoeurs.

Pleine d’emphase, cette version joue la carte de l’énergie. Branagh en déborde et parfois, il se trompe. Impétueux, il se plante dans les grandes largeurs avec l’apparition du spectre. Le fantastique, c’est un art que le cinéaste ne contrôle pas trop.  On rigole plus qu’autre chose.

Cependant le spectateur est vite rattrapé par l’émotion. Branagh aime plus que tout la pièce. Cela se ressent à chaque moment. Il place des légendes dans des petits rôles comme Charlton Heston, Jack Lemmon ou notre Gérard Depardieu à nous. Il soigne tous les détails et rappelle que Shakespeare ce n’est pas de l’obscure dramaturgie. C’est du grand spectacle. Un divertissement ultime puisque plein d’action et d’esprit.

Certains trouveront la volonté du cinéaste un peu grossière parce qu’il n’y va jamais avec le dos de la cuillère. Cependant, il accomplit un travail de titan (un peu comme Jackson avec Le seigneur des anneaux) en montrant l’exubérance et la profondeur d’un art trop stéréotypé. Ce n’est peut être pas l’expression du meilleur goût, mais la saveur qui se révèle de cet Hamlet, est unique. Une vraie expérience à découvrir.


Pierre Loosdregt

© Etat-critique.com - 09/12/2007