Un professeur au bord du gouffre s’attache à une jeune collégienne abandonnée par ses proches. Sur une trame classique qui sent mauvais le mélo indépendant, Half Nelson se révèle intrigant avec cette volonté de libérer ses personnages.
Half Nelson a une qualité aussi énervante que subtile : il n’y a pas de fin. Les auteurs fuient la structure habituelle du cinéma avec un début, un développement et une résolution. Half Nelson n’est qu’une descente aux enfers pour un personnage, et une prise de conscience pour l’autre.
Dan Dunne est un écrivain en panne d’inspiration. Il travaille dans un lycée d’un quartier défavorisé. Il sait capter l’intention de ses élèves. Il dirige l’équipe féminine de basket. Il a tout d’un bon élément. Mais Dan est rongé par un spleen profond et il l’oublie avec toutes les substances illicites possibles.
Lors d’un shoot, il est surpris par Drey, l’un de ses joueuses et élèves. A 13 ans, la gamine a compris la cruauté de l’existence. Sa mère ne peut pas s’occuper d’elle, prise par un métier aliénant. Son père ne veut pas la voir. Son frère est en prison pour trafic de drogues. Seul, Franck, dealer et ami du frangin, s’intéresse à elle. Elle glisse doucement vers la délinquance et pourtant elle ne dénonce pas son professeur camé, étrange exemple à ne pas suivre et personnage profondément touchant.
La fin du film ne finit pas sur un happy end mais sur une hypothétique reprise en main des deux personnages, sûrs de leur amitié étonnante. Tout le film est basé sur cette manière de ne pas imposer une vision ou un jugement. Ryan Fleck, le réalisateur laisse au spectateur, une très grande liberté de réflexion et d’observation.
Bien entendu, les tics du cinéma indépendant, comme la caméra à l’épaule systématique, agacent un peu mais ce film s’intéresse plus aux ambiguïtés qu’à une simple histoire pleine de manichéisme. Dan, prof paumé dans la dope, est un égoïste insupportable doublé d’un sensible amoureux. C’est une âme en peine et il partage avec la jeune Drey, une solitude insupportable.
Le discours n’est pas nouveau, mais il est tenu par deux acteurs époustouflants. La petite Shareeka Epps apporte une dureté stupéfiante à son rôle de collégienne délaissée tandis que Ryan Gosling supporte une fragilité effrayante dans le rôle de l’éducateur toxicomane. A chaque seconde, le cabotinage lui pend au nez mais jamais il fait de ce rôle, un morceau de bravoure pour comédien issu de l’actor’s studio. Il n’est pas toujours dans les meilleurs films (N’oublie jamais, Stay) mais l’acteur est décidément le plus impressionnant de sa génération.
Il profite ici de la liberté narrative et de l’oubli volontaire de tout bloquer dans des poncifs castrateurs. C’est déconcertant mais la surprise est toujours un sentiment agréable au cinéma.
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 25/07/2007