Ce n'est pas la fête avec ce groupe d'Atlanta. Mais l'humeur maussade donne un éclat étrange et fascinant à leurs chansons.
La première chanson se fabrique sur des boucles rythmiques. Des synthés glissent dessus et une voix triste grimpe comme elle peut sur la musique. Earthquake première chanson du quatrième album de Deerhunter ne fait pas trembler mais sème le trouble.
Car derrière la déprime, le morceau est d'une musicalité étonnante. C'est une très belle ouverture. Connu pour son chanteur angoissé Bradford Cox, Deerhunter navigue dans le noise rock et pourtant se promène plutôt vers une forme peu connue de psychédélisme débridé.
Car la rage des premières années a laissé sa place à des mélodies subtiles très bien défendues par Cox et ses copains, habiles musiciens. On retrouve dès la seconde chanson des guitares saturées mais elles ne construisent pas un mur du son. Au contraire, le son est très aéré et aérien.
"Halcyon Digest" est une bouffée d'air frais malgré son apparence boudeuse (la pochette n'aurait pas déplu à Antony & The Johnsons). Une pop expérimentale se révèle et ose des chansons délicates malgré des amplis qui fonctionnent à plein régime.
Bradford Cox n'a même pas peur de s'arrêter seul avec sa guitare pour le dépouillé et franc Sailing. A l'inverse, il y a aussi de nombreux artifices qui s'incrustent dans leurs compositions mais se ressent toujours une sensibilité palpable. La déprime que l'on croit deviner nourrit surtout une folle énergie.
On pense un peu à une version pop et légère des Flaming Lips. C'est du Bloody Valentine moins saignant mais tout aussi charmant. Car les titres tissent une ambiance étrange et une atmosphère électrique, inquiète, un peu post adolescente.
On avait peur d'entendre quelque chose de vaporeux ou de décousu. On entend de magnifique ballades bidouillées, remplies de malice et de surprises.
On pensait vraiment faire la gueule: on réécoute encore et encore ce disque, heureux.