On connaissait Christophe Blain pour ses histoires de pirates (avec Isaac), il faudra désormais compter avec sa nouvelle passion : le western (avec Gus) ! Chronique d'une mutation.
Christophe Blain est un surdoué. À 37 ans, et malgré une carrière tardivement entamée, il est déjà à la tête d'une œuvre enviable dont la saga Isaac le pirate est le joyau incontesté. Il était d'ailleurs naturel que ce soit sur les mers que se distingue son premier héros de papier, puisque après avoir passé un an aux Beaux-arts de Cherbourg, Blain s'est embarqué dans la Marine Nationale et publié le Carnet d'un matelot en 1997 ! Mais c'est après avoir rencontré Sfar, Trondheim et David B qu'il se lance dans la BD et commence à dessiner sur les scénarios de ses copains. Il se mettra ensuite à écrire ses propres histoires et récoltera le Prix du meilleur album d'Angoulême 2002 dès le premier tome des aventures d'Isaac le pirate.
Quatre tomes plus tard, Blain abandonne (provisoirement ?) son aventurier océanique du XVIIe siècle pour un desperado romantique du XIXe.
C’est donc dans les contrées encore sauvages du grand Ouest américain que l’on fait connaissance avec Gus, bandit de grand chemin qui, avec ses deux "collègues" Clem et Grattan, tue le temps comme il peut entre deux attaques de train ou de diligence.
Mais n’imaginez surtout pas assister à des reconstitutions épiques de fusillades effrénées et de galopades sauvages, de traques haletantes et de partages de butin transformés en règlements de comptes.
Non. Le propos de Christophe Blain est ailleurs. Dans l’entre-deux. Dans ces longues périodes qui séparent deux hold-up (dont on ne voit d’ailleurs jamais rien).
On découvre alors la vie monotone des trois hommes obligés de se planquer de longues semaines loin de tout. On découvre surtout leurs "jardins secrets" et leurs petites aventures amoureuses, réelles ou fantasmées, toujours maladroites, quelquefois sincères et profondes…
Western atypique (comme toujours lorsque Blain s’empare d’un "genre"), Gus est donc une succession de cinq histoires courtes qui, chacune, mettent en scène le trio aux prises avec ses déboires sentimentaux : plans drague foireux, virées nocturnes… ou grand amour.
Le tout est porté par ce ton particulier qui mêle avec finesse, humour et intelligence, ironie et délicatesse. Jusqu’aux magnifiques personnages féminins qui donnent à ces récits l’épaisseur nécessaire à un album de cette qualité.
Trois tomes supplémentaires sont d’ores et déjà annoncés par Dargaud : Peggy, Ernest et Rose. Blain sera donc plus d’une fois dans l’Ouest ! Et nous avec.
Joël Fompérie
© Etat-critique.com - 29/04/2007