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Mercredi 23 Mai 2012Art-scène

 Grisélidis, la catin révolutionnaire

Grisélidis, la catin révolutionnaire

Grisélidis RéAL et Régine ACHILLE-FOULD

du 7 juillet au 10 septembre 2009 Théâtre Feux de la rampe 2, rue Saulnier, 75009 Paris

Et ta critique ?




 

« Ces hommes n'ont personne, personne, aucune femme à tenir dans leurs bras. Mais que fait le Socialisme?! ».

 

 

Au début des années 60, Grisélidis Réal divorce et doit élever seule ses trois enfants (elle en aura quatre en tout, tous artistes). Pour subvenir à ses besoins et nourrir ses marmots, elle entre dans un bordel clandestin et fera de la prostitution son métier.


A cinquante ans passés, ses enfants élevés, elle continue à faire le tapin à Genève d'où elle entame une correspondance avec Jean-Luc Hennig, un écrivain parisien. Elle lui décrit sa vie, ses passes, et répond aux questions qu'il lui pose (embrasse-t-elle ces hommes, les aime-t-elle parfois?).


Avec une liberté de ton provocante, Grisélidis parle avec une affection étonnante de ceux qui payent pour qu'elle leur donne du plaisir. Elle revendique le respect qu'elle porte à ces turcs, arabes, génevois, ouvriers puants ou messieurs distingués qui fréquentent celle qui se définit elle-même comme « une vieille pute consolatrice et pas chère », « une pute populaire ».


Ce qui frappe, c'est son infinie tendresse pour ces hommes « fous, vieux, jeunes, intellectuels ou paysans, qui (lui) sont fidèles depuis dix ans ». Ce discours de la pute au grand cœur pourrait exaspérer tant il est loin de l'insupportable situation des esclaves du sexe ; pourtant, on aime cette femme extraordinaire à la langue bien pendue dont l'amour pour les hommes n'a d'égal que sa détestation du Pape ou de Jésus, ce « petit con masochiste qui s'est laissé épingler sur une croix parce qu'il n'a jamais su dire non à sa mère » !


Grisélidis clame haut et fort son amour des hommes, peut-être un peu trop fort pour être totalement sincère. On sent qu'elle fait la fière. Elle ne se livre pas, ne parle que très peu d'elle-même, se concentrant sur les hommes et leur(s) faiblesse(s).


C'est une très bonne idée en tout cas qu'a eu Régine Achille-Fould de mettre en scène ces lettres, et d'en confier l'interprétation à Annie Papin. La comédienne campe à merveille cette prostituée forte en gueule, un poil gouailleuse, qui masque sa sensibilité et sa véritable érudition derrière des mots crus et drôles.

Il n'était pas évident de faire un spectacle attachant avec les histoires d'une catin provocatrice, entrecoupées de chansons poétique, c'est ce pari que gagne Régine Achille-Fould !


Thibault Dablemont

© Etat-critique.com - 17/07/2009