Les deux frangines les plus azimutées de ce début de siècle continuent de bricoler des alliages fragiles, parfois géniaux, parfois insupportables.
"La Maison de mon rêve" était un album sublime. Deux soeurs, Bianca et Sierra tentaient une pop onirique marquée par des voix étranges et des sons de jouets qui feront la marque de fabrique du groupe.
Dans le sillage de la mode post hippy chic (Devendra Banhardt en tête), les deux soeurs se sont installés en France et y connaîtront un succès étonnant car leur musique est pour le moins opaque et peu commerciale.
Leur originalité vient de leur mélange onirique entre plusieurs genres, réunissant les opposés dans des morceaux lyriques, qui emboitent des idées comme le docteur Frankenstein bricole sa créature avec des membres venus de corps différents.
Leur quatrième volent continue de cette voie baroque. La première chanson invite un son techno dans une douce ritournelle. La seconde se glisse dans le sillage de Dead Can Dance. La troisième n'aurait déplu à Bjork.
Comme toujours, les chanteuses picorent dans tous les styles et fabriquent des liens entre eux osés et fragiles. Comme d'habitude, certains morceaux ressemblent à un patchwork mal cousu. Certaines passages sont de longs couloirs ennuyeux de tentatives sonores un peu creuses.
Expérimentales, les deux soeurs tentent des choses avec un aveuglement un peu agaçant. A l'image de leur couverture hideuse, les artifices sont un peu trop nombreux pour apprécier la sincérité du projet, la beauté de leur talent pourtant évident.
Arty jusqu'au cliché, il y a pourtant de beaux moments dans ce disque mélancolique. Bianca et Sierra amènent du trip hop dans leurs ballades mais un piano pourrait être joué par un Tom Waits première époque.
On aimerait après trois albums délirés et délirants, un peu d'authenticité chez CocoRosie, pour rencontrer les deux filles qui se planquent toujours derrière des moustaches.
On attend encore que la porte de la maison de mon rêve s'ouvre à nouveau !