Primé à Sundance et à Deauville, ce drame humain sur le deuil et son acceptation se révèle intéressant grâce à un propos qui ne se perd pas en cours de route. Heureusement: c'est un road movie.
La vie n’est pas spécialement rose quand on occupe un poste dans un magasin de fournitures domestiques. Surtout quand on est un ancien militaire réformé pour une vue un peu basse. Et enfin quand c’est sa femme qui part combattre en Irak plus ou moins à sa place.
C’est le constat que fait le père de deux adorables gamines lors d’une réunion d’un groupe de soutien psychologique pour épouses de militaires. Et ce n’est pas les soucis de parité qui le rendent morose.
Et tout bascule quand deux soldats sonnent à sa porte pour transmettre une bien triste nouvelle. Plongé dans son propre malheur, il ne peut se résoudre à annoncer à ses filles ce qu’il ne peut lui-même accepter. Alors, sur un coup de tête, il décide de les emmener dans un parc d’attractions de l’autre côté des États-Unis. Mais reculer pour mieux sauter n’a jamais été la meilleure option.
Sur une trame classique et un sujet maintes fois traité, le long métrage évite l’écueil d’un pathos bien facile. Le drame ici est surtout celui d’un homme confronté à sa lâcheté et son incapacité à voir la réalité en face. L’innocence des deux petits êtres qui l’accompagnent avec une confiance totale le renvoie à ses propres démons.
Car la guerre n’est pas la cible des critiques qui sont faîtes. Qu’il soit bon ou mauvais, il s’agit principalement d’un choix personnel. Évidemment, l’aspect politique est traité à travers le personnage du frère qui vit en marginal dans une société qu’il ne peut plus cautionner.
Mais qu’importe si le spectateur puisse se mettre à la place de quelqu’un qui croit à la nécessité de défendre des libertés par la force contre des ennemis que l’on ne saisit finalement pas. Ce qui compte c’est le combat d’une vie et comment le courage qu’il faut pour assumer ses choix est la chose la plus difficile à trouver.
Grace is gone est un film beau et touchant qui utilise la sentimentalité de manière subtile et pudique. Et c’est l’occasion de retrouver un John Cusack qui se fait bien rare au cinéma... ou plutôt dans de bons films!
Vincent Valat
© Etat-critique.com - 28/05/2008