Plaisir, humour et sérieux se sont donné rendez-vous à la Fondation Cartier sous l’égide d’un Takeshi Kitano plus inspiré et décalé que jamais. Une belle exposition qui s’adresse aux petits tout en parlant aux grands.
Ciel bas, pavé luisant, froid pénétrant… les après-midi de printemps parisiens peuvent quelquefois s’afficher dans ce camaïeu de gris qui leur va si bien, mais distille une irrépressible mélancolie dont on ne sait pas toujours comment se défaire.
La Fondation Cartier a trouvé la solution en proposant à Takeshi Kitano de créer de toutes pièces une exposition qui explore avec humour, finesse et impertinence le monde de l’enfance en le confrontant à l’art contemporain. Peintures, vidéos, installations, objets insolites et mystérieux, machines extraordinaires, décors exubérants, couleurs éclatantes… rien ne manque aux créations de l’artiste caméléon dont on a fini par ne plus savoir s’il est cinéaste, animateur télé, écrivain, peintre ou plasticien.
« Tout cela à la fois » semble être la réponse offerte par l’artiste qui précise : « Avec cette exposition, j’ai sans doute voulu donner une autre définition au mot art, qui soit moins conventionnelle, moins snob, plus décontractée et accessible à tous. »
Accessible à tous, donc, et avant tout aux enfants puisque, intitulée Gosse de peintre, cette exposition se tourne délibérément vers les plus jeunes de ses visiteurs pour les inviter à observer, jouer, rire et réfléchir sur l’univers autobiographique et décalé qu’il leur propose. On y trouvera donc, pêle-mêle, la théorie de Kitano sur la disparition des dinosaures, les plans secrets de l’armée japonaise envisageant de transformer certains animaux en armes, une machine à coudre gigantesque, une machine à créer des tableaux de Jackson Pollock, un casse-tête dont la version exposée ne peut être réalisée qu’en 580 milliards d’années, des vases-animaux et quelques dizaines d’autres inventions/installations créant un vaste kaléidoscope onirique que l’on ne se lasse pas d’arpenter.
Hésitant entre installation décomplexée d’art contemporain et parc d’attraction d’un nouveau genre, Gosse de peintre est la bonne surprise de ce premier semestre. Le genre de regard décalé dont le monde de l’art a besoin, mais dont on se demandait d’où il pourrait venir.
Takeshi Kitano l’iconoclaste a osé la transgression sans renier les influences dont il s’est nourri. Un joli tour de force qui l’absout des extraits de shows télévisés au comique affligeant (mais fascinant), projetés au sous-sol et intitulés Le vrai travail de Beat Takeshi…
Joël Fompérie
© Etat-critique.com - 03/08/2010