La liste des biopics s’allonge avec cette biographie de Nelson Mandela, charismatique leader sud-africain qui mit fin à l’apartheid. Ambitieux et soigné, le film réussit à conserver un regard humain sur la fin de l’une des périodes les moins connues mais les plus sombres de l’histoire de l’humanité.
Serait-ce le manque de recul historique qui a soustrait le régime raciste sud-africain de nos manuels scolaires? Il faut le croire, car si l’apartheid a marqué toute une jeunesse engagée, il faut bien admettre que le spectateur apprendra de nombreuses choses sur ces évènements qui se sont produits il y a moins de 20 ans.
Tiré d’une histoire vraie, le film raconte l’avènement au pouvoir de Nelson Mandela, avocat militant pour la cause noire en Afrique du Sud, incarcéré pendant plus de 20 ans pour avoir tenté de supprimer les barrières raciales entre les hommes. L’originalité du propos est de faire rapporter les faits par James Gregory, interprété très sobrement par Joseph Fiennes, le gardien de prison affecté à la censure du courrier des prisonniers. Avec le temps, les deux protagonistes se découvriront et apprendront à se respecter dans une société qui ne tolère pas ce genre de mixité.
Il est difficile de faire la part des choses et voir qu’un pays pouvait encore être ségrégationniste quand le reste du monde découvrait la mondialisation. C’est sûrement cette impossibilité à prendre du recul qui rend tellement mal à l’aise face à des scènes sorties d’un autre âge, mais heureusement le propos n’est pas tant politique qu’humain. La caméra ne porte pas de jugement, elle montre crûment des scènes qui paraissent ordinaires pour l’époque et le lieu mais qui restent insoutenables sinon.
Si le film est magnifiquement construit autour d’acteurs convaincants on pourra regretter certaines incohérences. La plus fine bouche ne trouvera que peu de ressemblance entre Dennis Haysbert et Nelson Mandela, mais c’est surtout l’évolution des personnages qui fera froncer nombre de sourcils. Le charisme de Mandela qui gagnera la sympathie de James, le refus de la banalisation des actes de racisme par ce dernier et surtout le passage du racisme profond au profond respect pour Mandela de la part de Gloria, la femme de James (Diane Kruger), et de manière générale des autres protagonistes, tout cela est soit absent soit très mal évoqué.
Ce défaut reste malgré tout mineur en comparaison avec les immenses qualités du long-métrage : un regard original et touchant sur une amitié qui s’est écrit entre les lignes des livres d’histoire.
Vincent Valat
© Etat-critique.com - 10/04/2007