John Malkovich, Cristiana Reali, Vincent Elbaz : avec Good
canary, le Théâtre Comédia offre une affiche exceptionnelle et une création
exigeante qui renouvelle un genre codifié à l'excès.
Après l'énorme succès d'Hysteria en 2002, John Malkovich
fait son retour à Paris pour la mise en scène de la première pièce du nouveau
scénariste en vue d’Hollywood, Zach Helm. Un texte dur, tendu, qui jongle avec
les concepts de vie et de mort, de création et de reconnaissance. Un texte
magnifié par l'amour infini d'un homme épris pour une femme qui se détruit.
Jacques (Vincent Elbaz) est romancier et son premier
livre est un succès qui commence à intéresser le monde de l’édition. Annie
(Cristiana Reali), elle, reste le plus souvent cloîtrée dans leur appartement
new-yorkais. Anorexique, sous amphétamines, elle ne supporte plus le regard des
autres, ne se supporte plus. Elle est ce “gentil canari” que les mineurs
emportaient sous terre pour détecter les émanations toxiques. Tant que le
canari chantait, tout allait bien ; mais s’il venait à succomber, il était
urgent d’évacuer les lieux...
Dans un décor original et inventif fait de projections sur
des toiles installées en panneaux mobiles qui se déplacent en largeur et en
profondeur de scène (on saluera ici le travail du scénographe Pierre-François
Limbosch et de Christophe Grelié pour les lumières et les effets vidéos),
Jacques et Annie vont se débattre avec leur difficultés existentielles et les
prémices d'une nouvelle vie qui s'annonce.
Critique littéraire, maison d'édition, dealer… le microcosme
s'agite autour de ce couple fragile. Lui, tente de négocier son passage de
l'ombre à la lumière. Elle, s'obstine dans sa rage autodestructrice. Lui,
préfère renoncer à la gloire promise pour mieux protéger son amour. Elle,
choisit de lâcher prise…
Sous la direction d’un John Malkovich en recherche
permanente d’effet, de sensation, de décalage efficace de sa mise en scène,
Vincent Elbaz et Cristiana Reali incarnent leurs rôles avec une force, une
émotion à fleur de peau, voire une démesure pour la seconde aux prises avec ses
démons dévorants, qui forcent l’admiration.
Mais l’écriture de Zach Helm n’est pas pour rien dans
l’efficacité de ce drame qui nous serre le cœur avec plus d’intensité chaque
minute. La montée progressive du mal-être d’Annie, le retournement de
perspective inattendu à mi-parcours et quelques morceaux de bravoure
stupéfiants contribuent à épaissir une atmosphère grave et poignante ponctuée
par l’ironie mordante et désabusée d’un auteur talentueux.
Naissance d’une œuvre culte ? On n’est pas loin de le penser
au sortir d’une salle sous le choc d’un spectacle total et original, en
complète rupture avec la tradition théâtrale poussiéreuse dont se contente le
plus souvent un milieu figé dans des conventions d’un autre temps.
Joël Fompérie
© Etat-critique.com - 12/10/2007