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Mercredi 23 Mai 2012Art-scène

 Good canary

Good canary

Zach HELM

Comédie dramatique de Zach Helm - mise en scène de JohnMalkovich avec Cristiana Reali, Vincent Elbaz et Ariel Wizman - Théâtre Comédia - 4, boulevard de Strasbourg - 75010 Paris

Et ta critique ?




John Malkovich, Cristiana Reali, Vincent Elbaz : avec Good canary, le Théâtre Comédia offre une affiche exceptionnelle et une création exigeante qui renouvelle un genre codifié à l'excès.


Après l'énorme succès d'Hysteria en 2002, John Malkovich fait son retour à Paris pour la mise en scène de la première pièce du nouveau scénariste en vue d’Hollywood, Zach Helm. Un texte dur, tendu, qui jongle avec les concepts de vie et de mort, de création et de reconnaissance. Un texte magnifié par l'amour infini d'un homme épris pour une femme qui se détruit.

Jacques (Vincent Elbaz) est romancier et son premier livre est un succès qui commence à intéresser le monde de l’édition. Annie (Cristiana Reali), elle, reste le plus souvent cloîtrée dans leur appartement new-yorkais. Anorexique, sous amphétamines, elle ne supporte plus le regard des autres, ne se supporte plus. Elle est ce “gentil canari” que les mineurs emportaient sous terre pour détecter les émanations toxiques. Tant que le canari chantait, tout allait bien ; mais s’il venait à succomber, il était urgent d’évacuer les lieux...

Dans un décor original et inventif fait de projections sur des toiles installées en panneaux mobiles qui se déplacent en largeur et en profondeur de scène (on saluera ici le travail du scénographe Pierre-François Limbosch et de Christophe Grelié pour les lumières et les effets vidéos), Jacques et Annie vont se débattre avec leur difficultés existentielles et les prémices d'une nouvelle vie qui s'annonce.

Critique littéraire, maison d'édition, dealer… le microcosme s'agite autour de ce couple fragile. Lui, tente de négocier son passage de l'ombre à la lumière. Elle, s'obstine dans sa rage autodestructrice. Lui, préfère renoncer à la gloire promise pour mieux protéger son amour. Elle, choisit de lâcher prise…

Sous la direction d’un John Malkovich en recherche permanente d’effet, de sensation, de décalage efficace de sa mise en scène, Vincent Elbaz et Cristiana Reali incarnent leurs rôles avec une force, une émotion à fleur de peau, voire une démesure pour la seconde aux prises avec ses démons dévorants, qui forcent l’admiration.

Mais l’écriture de Zach Helm n’est pas pour rien dans l’efficacité de ce drame qui nous serre le cœur avec plus d’intensité chaque minute. La montée progressive du mal-être d’Annie, le retournement de perspective inattendu à mi-parcours et quelques morceaux de bravoure stupéfiants contribuent à épaissir une atmosphère grave et poignante ponctuée par l’ironie mordante et désabusée d’un auteur talentueux.

Naissance d’une œuvre culte ? On n’est pas loin de le penser au sortir d’une salle sous le choc d’un spectacle total et original, en complète rupture avec la tradition théâtrale poussiéreuse dont se contente le plus souvent un milieu figé dans des conventions d’un autre temps.


Joël Fompérie

© Etat-critique.com - 12/10/2007