Good arrows, le troisième album de Tunng pourrait être celui de la révélation au plus grand nombre du talent singulier de ces tenants du courant "folktronica".
Elle est longue et singulière, l'histoire de Tunng. Souterraine aussi, puisque c'est dans un studio aménagé dans les sous-sols d'un magasin de fringues de Soho que l'aventure du duo originel constitué par Mike Lindsay (guitariste et producteur) et Sam Genders (guitariste et chanteur) a commencé en 2003. Dans l'impossibilité de quitter leur antre dans la journée sous peine de se trouver nez-à-nez (c'est une expression) avec des clientes dévêtues, ils passent un temps infini à composer les titres de leur premier album, Mother's daughter and other songs (2005). Salué en Angleterre par une critique élogieuse, cet album range Tunng dans la famille néo-folk incarnée par Four Tet, Boards of Canada ou Devendra Banhart.
Restait à monter sur scène pour donner vie à une oeuvre séduisante, mais encore désincarnée. Pari impossible sans recruter quelques comparses, chanteurs et musiciens, destinés à restituer la richesse du disque. Ashley Bates, Phil Winter, Becky Jacobs, et Martin Smith ne sortiront plus de l'équipe et c'est à six qu'ils signeront, en 2006, un deuxième album dans la même veine : Comments of the inner.
La parution aujourd'hui de Good arrows devrait permettre à Tunng de franchir un nouveau palier. D'abord parce que l'album n'est qu'une suite ininterrompue de compositions subtiles qui, de Bricks à Strings en passant par Arms ou Secrets, n'en finissent pas de faire vibrer la corde sensible de nos émotions.
Ensuite parce qu'au coeur de ce merveilleux écrin se cache (pas pour très longtemps) l'une des plus belles chansons de cet automne, l'entêtant Bullets. Monument de perfection mélodique et de velouté vocal, ce folk traditionnel rehaussé d'arrangements électroniques et de collages sonores vous pénètre jusqu'à la moelle pour ne plus jamais vous quitter. Les plus curieux dénicheront même, sur le web, une version interprétée en français, peut-être plus poignante encore, bande-son parfaite pour accompagner une rupture sentimentale...
C'est sans doute ce pouvoir quasi-hypnotique, cette capacité à envoûter qui caractérise le mieux la musique mélancolique de Tunng. Ses voix murmurées, ses bruitages lointains, son atmosphère éthérée, son ambiance intimiste proche d'un cocooning protecteur rendent cet album nécessaire à qui lui a prêté une fois l'oreille. Impossible, dès lors, de se défaire du sentiment de plénitude apaisée que procure son écoute répétée. Le genre d'album que l'on conserve toujours à portée de main pour les jours de "moins bien". Le genre d'album que j'écoute en boucle ces temps-ci.
Joël Fompérie
© Etat-critique.com - 09/10/2007