Pour sa première réalisation, Ben Affleck signe un film policier dont l’efficacité provient plus de l’œuvre originale que de la qualité de la mise en scène ou du jeu des acteurs. Pas suffisant pour se priver d’un bon polar bien ficelé qui se révèle parfois d’une originalité rafraîchissante.
Écrit par l’auteur de Mystic river », Dennis Lehane, Gone, Baby, Gone est un roman noir sans concessions sur la représentation du bien et du mal par la justice, garante de ces définitions morales dans nos sociétés. À l’instar du film de Clint Eastwood, cette adaptation saura-t-elle transcender l’œuvre sur grand écran sans la dénaturer ?
Ce récit fait partie d’une saga centrée autour d’un couple de détectives privés atypiques. On y découvre dans l’Amérique des working poors, une petite fille disparue et sa génitrice, une alcoolique étrangement distante vis-à-vis du drame qu’elle est censée vivre. On y croise des thèmes comme la drogue, la pédophilie et la torture. Autant dire que le ton est léger.
Si l’approche de l’enquête par un couple est assez originale (du moins, relativement peu traité au cinéma), le côté sombre des amants fouineurs est très mal porté. Entre une Michelle Monaghan inexistante et un Casey Affleck qui donne une superbe représentation d’un Droopy antipathique (de quoi douter de l’objectivité du frangin/metteur en scène dans le casting), nous ne sommes pas gâtés.
Néanmoins, de beaux seconds rôles pour des acteurs confirmés (Ed Harris, Morgan Freeman) permettent d’éviter de tomber dans la dérision. La réalisation, sans être valorisante, a le mérite de rester sobre en ne prenant aucun risque. Cela viendra éventuellement avec l’expérience.
Si la révélation finale en laissera certains sceptiques, dû à des explications succinctes qui sont données en pâture un peu rapidement, le grand public rentrera facilement dans une intrigue dont le morbide a été éliminé du livre pour ne pas heurter les plus sensibles. Mais cela n’était peut-être le meilleur parti pris.
Vincent Valat
© Etat-critique.com - 27/12/2007