Bien loin de la saga du Parrain, le cinéaste Matteo Garrone décrit avec un réalisme saisissant la mafia au quotidien. Percutant, Gomorra nous enferme dans une spirale de la violence. Accablant !
Marlon Brando en Don Corleone, c’est quelque chose ! Robert de Niro dans Les Affranchis, c’est un vrai souvenir de cinéma. La mélancolie d’Al Pacino dans L’impasse transcendait l’image du gangster classique.
Le gangster c’est une figure majeure du cinéma. Les jeunes eux, restent scotchés par Tony Montana dans Scarface. Deux des héros de Gomorra s’imaginent en roi de la drogue en Floride.
Pourtant ils ne sont pas vraiment charismatiques. Deux petits crétins tout puissants parce qu’ils ont découvert des armes. Ils font des petits braquages. Ils mettent en colère quelques messieurs trop tranquilles de la banlieue de Naples. Ca finira mal pour les deux coqs.
Pas d’héroïsme, de lyrisme et de tragédie ! Juste un fait divers parmi tant d’autres. Le réalisateur suit alors le destin de quelques personnages qui finiront en faits divers ! Il y a un monsieur tout gris qui se promène dans une barre HLM pour remettre de l’argent à ceux qui sont protégés par la mafia.
Il y a aussi un entrepreneur qui s’occupe d’acheter des terrains pour y vider des ordures parfois toxiques. Là, on se dit que le film est bien documenté et nous renvoie à une chaude actualité. Ca fait froid dans le dos.
Tout comme le quotidien de Toto, petit adolescent qui assiste à la guerre des clans et doit choisir son camp. Ou la triste expérience de Pasquale, un petit couturier qui rêve de gloire. En tout, il y a une douzaine de personnages, à différents niveaux sociaux, mais tous rongés par la peur…
Adaptation d’un roman, Gomorra s’apparente à un documentaire. Matteo Garrone suit à la trace ses malheureux héros. Pas d’esthétisme mais un désir du réel qui devient artistique. Garrone réalise une œuvre crépusculaire, pleine de vérités crues et douloureuses.
Rien n’est beau. C’est très dérangeant. L’auteur malmène l’image du mafieux et surtout filme les conséquences de la corruption, du travail à la délinquance en passant par la famille. Le constat est grave et remarquable.
La misère sociale et la violence qui en découle sont observées sans retenue. Naples devient une ville malade, qui se consume lentement et qui glisse vers la folie la plus fulgurante. Tentaculaire, le crime organisé détruit tout sur son passage : labyrinthique, ce sombre film est une passionnante descente en enfer.
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 22/08/2008