Après « Respiro », Emanuele Crialese signe un troisième film décevant. L’immigration sicilienne aux Etats-Unis : un sujet ambitieux mais que de longueurs…
Des paysans pauvres décident de tout quitter pour atteindre l’eldorado rêvé : le nouveau monde. La première partie du film se déroule en Sicile. On se prend à espérer une mise en scène à la hauteur d’America America d’Elia Kazan car le sujet s’y prêtait. Hélas cette épopée sicilienne vers l’Amérique manque cruellement de rythme, et la longueur de certains plans est vite exaspérante.
Quelques scènes nous rappellent qu’Emanuele Crialese est un grand réalisateur. Le début est de bon augure. Deux hommes gravissent une montagne, une pierre à la bouche et les déposent en offrande au sommet. Ils interrogent Dieu : «partir ou rester ici ?». La réponse divine sera fatale au film. Voici le message de Dieu : des cartes postales envoyées d’Amérique, où légumes géants et arbres à dollars font miroiter le rêve américain. Maladroites, ces envolées burlesques sont navrantes. Des scènes de cet acabit s’égrènent tout au long du film et n’apportent pas la fantaisie souhaitée. Au contraire, elles mettent en péril le peu d’entrain du film. Difficile de rester concentré quand une carotte géante s’empare de l’écran !
Certains acteurs tirent leur épingle du jeu. Mention spéciale, pour la grand-mère et le sourd. Mais deux personnages secondaires pour maintenir à flot cette épopée, c’est un peu maigre. Les relations entre les uns et les autres sont effleurées, sans profondeur. Et Charlotte Gainsbourg là dedans ? Elle est comme tout le film, desservie par un scénario trop léger. Elle interprète une immigrée anglaise qui accomplit la traversée avec les Siciliens. Pourquoi se retrouve-t-elle là ? Aucune idée. Personne n’a cru bon de nous éclairer !
Le scénario se rattrape (un peu) à l’arrivée sur le sol américain. La sélection des immigrants par les autorités américaines, sur des critères plus que douteux, nous fait regretter que tout le film ne soit pas de cette verve. Malgré cette courte séquence de rattrapage, on reste sur son impression de film presque raté, plutôt que presque réussi…
Dans sa volonté de nous donner à voir un morceau d’histoire, le réalisateur s’est perdu en chemin et nous avec. On sent une recherche aigue d’esthétisme et une rigueur historique, qui ne suffit pas à nous embarquer dans ce voyage. Dommage ! Mais restons optimistes. Golden Door ne doit pas nous faire oublier le magnifique Respiro. Alors patientons jusqu’au prochain film, en espérant que Crialese sera plus inspiré.
Jessica Lamacque
© Etat-critique.com - 22/03/2007