Tom Waits en concert au Grand Rex à Paris : Etat-critique.com y était. Compte-rendu.
Huit ans après, Tom Waits revient donc au Rex. La salle est bien sûr comble, le spectateur moyen dépasse largement la trentaine, ce qui s'explique non seulement par l'âge du capitaine (58 balais) mais aussi par le prix assez exorbitant des places : il fallait tout de même débourser un dixième de Smic (140 €) pour se payer un fauteuil d'orchestre, et ceux qui avaient en payé 70 se retrouvaient perchés tout au sommet de la salle, condamnés à voir un chanteur-timbre poste et une scène mouchoir de poche.
Ceci cadre relativement mal avec l'esthétique opéra de quatre sous du bonhomme, mais il faut désormais s'y faire : la France est un pays cher pour les tourneurs, le Rex a son prix, et les bobos dépensent sans compter quand il s'agit de culture.
Heureusement le spectacle (mais fallait-il en douter ?) était de grande qualité, aidé par un son irréprochable (un vrai délice, chose rare désormais) et le public un peu conquis d'avance fut comblé par une prestation somme toute assez similaire à celle de la tournée 2000.
L'oncle Tom porte son vieux trois pièces élimé, ses vieilles working boots, son chapeau-signature, et se tient sur une estrade en bois soulevant des nuages de poussière dès qu'il tape du pied. Gestuelle très théâtrale, tout en déhanchements et mimiques, voix énorme, rocailleuse à souhait, qui a malgré tout perdu en finesse et en amplitude, et un excellent groupe capable de s'adapter à l'univers musical très varié du Californien, qui va du rock au jazz en passant par les musiques tziganes ou latines et le cabaret. La grande nouveauté était la présence de son fils Casey, qui se montre irréprochable à la batterie, et les apparitions du cadet Sullivan aux congas et à la clarinette. Un groupe qui suit avec humour les facéties du chanteur, comme sur "Eyeball Kid" où il fait semblant de s'enlever un œil puis joue avec comme une balle rebondissante.
Tom Waits a puisé dans son vaste répertoire, retravaillant certaines chansons, ajoutant ça ou là des breaks inattendus (comme la mélodie de "Sous les ponts de Paris" au milieu de "Cemetary Polka"), se coiffant d'un chapeau-boule à facettes, s'installant au piano pour son numéro désormais classiques de ballades entrecoupées d'intermèdes parlés à l'humour absurde ("Savez-vous qu'à Paris il est interdit de donner une cigarette à un singe ?", ou un discours sur la copulation des mantes religieuses), s'autorisant quelques chansons à la demande comme les magnifique "Tom Traubert Blues" ou "Innocent When You Dream" reprises par la foule.
Au final, sur "Make It Rain", une pluie de paillettes muticolores lui tombe dessus, et c'est piqueté d'éclats de lumières qu'il effectuera son rappel devant une standing ovation.
Tom Waits n'a plus rien à prouver : il s'est affirmé comme un des songwriters américains les plus originaux et prolifiques (comme en témoigne le triple album d'inédits Orphans sorti en 2006), a construit un univers complètement unique et prolifique, et ses concerts ressemblant désormais à des rétrospectives d'une carrière assez exceptionnelle de constance et de longévité.
Nicolas Lejeune
© Etat-critique.com - 01/08/2008