En adaptant un texte de Jean-Luc Lagarce, avec Giusto la fine del mondo, Luca Ronconi nous propose un spectacle intense et émouvant, une profonde réflexion sur les liens familiaux, sur l’amour, l’abandon, la vie et la mort.
Une mise en scène de deux heures, une suite dense et frénétique de conversations/monologues entre les différents membres d’une famille lors du retour à la maison du fils ainé, Louis. Il a quitté sa famille dix, quinze ans plus tôt et, à trente-quatre ans, proche d’une mort souhaitée, il revient soudainement voir la mère, le frère Antoine, la sœur Suzanne et la belle-sœur Catherine. Louis ravive tous les questionnements, la douleur, le mystère que son départ, cette longue absence silencieuse et secrète avaient entretenu.
Par des scènes-tableaux, se développent des dialogues collectifs ou à deux personnages, des conversations très proches de monologues véhéments, passionnés qui, au fur et à mesure sous les yeux des spectateurs, modèlent les différents points de vue des membres de cette famille, si grotesque et pourtant si commune. Les personnages tentent de s’exprimer, de comprendre eux-mêmes, de s’expliquer, d’obtenir des réponses.
Avec Giusto la fine del mondo, les personnages de Luca Ronconi déploient l’intensité des sentiments familiaux : l’amour et la haine fraternels, le respect et l’incompréhension pour les différents choix de vie, le sens de la responsabilité envers les parents et les frères plus jeunes, responsabilité qui est souvent un moyen pour éviter de vivre pour soi-même, l’abandon, le sacrifice, la peur qui mène à l’immobilité, la fuite qui s’accompagne de la nostalgie et de la solitude : le point de vue de ceux qui restent et de ceux qui sont partis. Tous ces thèmes se développent passionnément dans les dialogues des cinq personnages. Quelques moments tragi-comiques, beaucoup de vérité et de profondeur dans la mise en scène de ces dynamiques familiales, grâce au jeu magistral des comédiens et à la mise en scène précise et rigoureuse.
En défiant avec succès les barrières linguistiques, le Théâtre de la Ville accueille ainsi un spectacle admirable et émouvant produit par le Piccolo Teatro de Milan et poursuit ce mois consacré à la scène contemporaine italienne, scène qui, comme nous les rappellent les comédiens à la fin du spectacle, est en danger de disparition à cause des choix budgétaires de ces dernières années.
http://www.theatredelaville-paris.com/spectacle-giusto-la-fine-del-mondo-230
Gloria Morano
© Etat-critique.com - 26/06/2010