Bireli Lagrène revient avec "Gipsy Trio". Un album somptueux. Des morceaux joués avec un mélange des genres d’une évidente beauté. De la graine de Django au sommet de son art.
Bireli est un grand jazzman. Alors comme tous les grands on l’a souvent accusé d’en faire des tonnes, d’être trop démonstratif. Bireli maîtrise sa guitare avec une technique et un art jalousés par bien d’autres. Tout ça n’est en définitive que talent et travail. Bireli est un phénomène.
Là où d’autres ont du mal à déplacer l’art manouche en ne jouant que de traditionnelles copies de Reinhardt -plaisir loin d’être désagréable- Bireli réussit avec ce nouvel album à faire avancer les gammes manouches en les poussant dans de nouvelles contrées de chants mélodiques.
S’il reprend le classique Lullaby of Birdland, c’est pour lui donner des assonances blues qui étonneront l’auditeur dès l’ouverture de l’album. A l’écoute, on se dit alors, "- Mais bien sûr"… Une naturelle reprise du style cadencé du pianiste George Shearing qui fait mouche en manouche. Un morceau qui va faire date.
Alors quand il reprend New-York, Singin’in the rain, Le soir de Loulou Gasté ou Something de George Harrison, on admire le culot et l’audace d’enchaînements déroutants qui chatouillent notre oreille avec un grand bonheur. Impossible d’être lassé.
Ecoutez l’incroyable début funky de Made In France composé par le maître lui-même pour vous en convaincre. Un mélange de genre maîtrisé avec humilité et grandeur. Une étonnante justesse qui équilibre mélodie et accords.
La valse n’est pas en reste avec Schön Rosemarin /Night and day qui dégénère ensuite grâce à une pompe turbulente jouée par Hono Winterstein qui participe également au dernier album de Dorado Schmitt. La double-bass est jouée par Diego Imbert, un des meilleurs contrebassistes actuels. Diego vient de sortir de son côté son premier album : "A l’ombre du saule pleureur". Si Hono est dans la pure descendance musicale du jazz manouche, Diego est un artiste polyvalent qui aime se frotter à tous les genres. Autant dire que la rythmique est plus que vivante.
Les harmoniques apparaissent en pointillés sur Poinciana avec la même évidence que dans les autres morceaux. Quant à Sir F.D., un joli hommage à l’éditeur et producteur phonographique Francis Dreyfus, il offre à l’auditeur l’occasion de s’évader à mi album dans une balade automnale sentimentale réussie. Ces deux morceaux contrastent avec la présence inutile de Roberto Alagna sur le dernier titre sur lequel on ne s’attardera pas... Une étonnante complaisance qu’on regrette un peu face au reste...
Qu’importe, Bireli Lagrène et son trio viennent de sortir un album tout simplement talentueux. On dit bravo l’artiste. A écouter. Bis !
Il n'existe pas encore de vidéo des nouveaux morceaux, alors voici dans la famille manouche : Messieurs Debarre, Rosenberg, Dorado et Tchavolo Schmitt entourant Bireli en blanc... Un morceau "gaguesque", rare... qui rappelle les rencontres de Paco de Lucia, Mc Laughing et Al di Meola dans d'autres temps et d'autres styles... A savourer...: "Les yeux noirs"...Des fous... de la musique...
Sébastien Mounié
© Etat-critique.com - 10/11/2009