Avec Giuletta Masina, Marcello Mastroianni, Friedrich Von Labedur et Franco Fabrizi - 1985
Et ta critique ?
Nous aussi, on veut taper sur Silvio Berlusconi: il est de bon ton de citer avec émotion ce pamphlet nostalgique du Maestro Fellini.
Ca ne va pas fort pour Silvio Berlusconi. Sa braguette lui joue des tours. Ses parties fines s’étalent dans les journaux. Il cherche des communistes dans la justice pour crier au complot. Il se calme en faisant un peu de chirurgie esthétique.
Sa fin de règne est pathétique. Il blague sur le teint bronzé du président américain où il est tout de même fier de lui car il n’est pas gay ! Bref, le pouvoir lui a liposucé les neurones et il n’est plus qu’une parodie de lui-même.
En 1986, le futur président du conseil italien a un ennemi prestigieux, Federico Fellini. Celui-ci s’insurge devant la vulgarité télévisuelle à la sauce Berlusconi. Il n’en peut plus de la télévision italienne et va même perdre un procès contre l’homme d’affaires à propos des coupures publicitaires durant les films ! Fellini ne rigole pas.
Ce combat entre les deux fortes personnalités sera la source d’inspiration de Ginger et Fred. Le cinéaste décide de s’attaquer à la télévision frontalement en l’opposant aux arts. Le combat est inégal mais Fellini est un rêveur et réalise son film comme il l’entend.
Il imagine donc deux vieux danseurs de claquette. Le titre fait bien évidemment référence à Fred Astaire et Ginger Rogers. Fellini convoque des fantômes célèbres pour botter les fesses de cette télévision si mercantile.
Amelia et Pippo doivent danser dans une émission de télévision. Anciennes gloires, ils découvrent un monde impitoyable et d’une bêtise incroyable. Fellini ne fait pas dans la nuance. Il tire à boulet rouge. C’est extrêmement jouissif. Aujourd’hui encore, son film soulève quelques questions sur notre rapport à la télévision ! Et bien plus !
Il défend les arts du spectacle. Il fustige la société de consommation. Il n’oublie pas de crier son amour plutôt que sa haine. C’est là, l’intelligence du cinéaste. Il s’emporte dans la poésie et pas dans la protestation. Son film est doux, drôle et légèrement désuet.
Aidé par le couple magnifique Giuletta Masina et Marcello Mastroianni, Fellini émeut avec une sensibilité remarquable qu’il oppose à la froide machine de l’émission de variétés. L’artiste a perdu la bataille mais il a encore son talent et sa grâce. Berlusconi a gagné. En revoyant ce film, on se dit que Fellini doit rire au paradis…