L’exposition à la Pinacothèque est exceptionnelle tant pour la beauté des œuvres réunies que pour le savoir délivré par leurs descriptions de présentation.
Giacometti et les Etrusques s’inscrit dans la lignée de ces expositions qui nous livrent quelques sources d’inspirations des plus grands en rapprochant des chefs d’œuvre d’époques différentes, les liens entre des artistes de cultures lointaines.
Après Picasso et les maîtres, Rodin et sa passion pour les antiques, ou encore Turner et ses peintres, l’intérêt du dialogue entre les maîtres et leurs contemporains n’est plus à prouver. C’est avec un enthousiasme chaque fois renouvelé que l’on découvre ainsi ce qui a pu nourrir leur parcours, ce qui a fécondé leur art.
L'exposition « Giacometti et les étrusques » retrace et illustre ainsi l’intérêt du sculpteur pour cette civilisation brillante. Elle confronte une trentaine d’œuvres du sculpteur suisse à 150 objets de la civilisation étrusque. On réalise d’autant mieux combien ce peuple conquérant et mystérieux des rives de la Méditerranée laissa une forme d'art exceptionnel en qualité, en richesse et en beauté. Tout comme Alberto Giacometti fut fasciné par leurs figures sculptées longilignes, on est admiratif de la correspondance qui en découla, à plus de trois millénaires de distance.
Dans les salles de la Pinacothèque, on est subjugué par tant de finesse et de pureté : les formes, les lignes, le souci du détail pour les objets du quotidien ou les statuettes décoratives nous émerveillent. La simplicité de la présentation, la qualité de l’éclairage mettent en valeur chaque œuvre. On se plait à voir dialoguer une statuette du VIème siècle avant JC avec une sculpture de Giacometti. La sienne reste plus rugueuse, révélant son esprit tourmenté et angoissé comme l’interprétait Jean Genet.
C'est à Volterra, cité de l'Étrurie au sud de Pise, qu'il découvre l'œuvre sculptée emblématique du monde étrusque, une statuette en bronze, joliment dénommée "L’Ombre du soir", datant de 350 à 300 avant J.-C. Figure d’un adolescent souriant au sommet d’un corps immensément long, elle foudroie d’une émotion à nulle autre pareille. Un chef d’œuvre de pureté, de symbole et d’évocation. Les détails de ce corps nu sont à couper le souffle : les fesses, les pieds, les cheveux sont un joyau de beauté. Le souci d’esthétisme poussé à l’extrême. On ne se lasse pas de la contempler pour la première fois à Paris.
Les figures célèbres de Giacometti, comme l’Homme qui marche, ne peuvent désormais se concevoir sans référence à cette silhouette longiligne et puissante.
La lecture inédite de l'œuvre du sculpteur Alberto Giacometti à la lumière des figures, objets du quotidien, ou ornements cinéraires est remarquable. On comprend les spécialistes et les amateurs de l'artiste qui trépignaient d’impatience à l’idée de la découvrir pour la première fois ! Elle vous attend !
www.pinacotheque.com
Estelle Grenon
© Etat-critique.com - 30/10/2011