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Dimanche 05 Février 2012Art-scène

 Gary/Ajar

Gary/Ajar

André ASSEO et Christophe MALAVOY

DERNIERE le 15 mars du mardi au samedi à 21h dimanche à 15h Prix des places : 30€, 18€ -26 ans : 10€ pour les représentations du mardi, mercredi et jeudi Théâtre Montparnasse 31 rue de la Gaîté 75014 PARIS

Et ta critique ?




Christophe Malavoy incarne magistralement Romain Gary au Petit Montparnasse.

Christophe Malavoy joue avec justesse et sobriété un Romain Gary qui, arrivé au seuil de sa vie, tire le bilan de son existence (l’auteur s’est suicidé à 66 ans). Une vie intense et romanesque : Gary sera sans doute son plus beau personnage, lui qui fut tour à tour pilote des Forces Françaises Libres, diplomate, réalisateur à Hollywood, ou encore écrivains à succès (écrivains au pluriel car Gary reçu le Prix Goncourt sous son nom et sous le pseudonyme d’Emile Ajar!).

Gary/Ajar/Malavoy est assis dans un fauteuil en cuir. Il écrit fiévreusement. Sa plume gratte furieusement le papier avant qu’il ne commence à raconter sa vie, une vie ponctuée de romans. Gary évoque l’amour immense de (et pour) sa mère, une femme visionnaire qui lui prédit qu’il serait écrivain, diplomate et qu'il aurait les plus belles femmes du monde.

Il raconte aussi son expérience de la guerre, ses rapports avec de Gaulle (de Gaulle, figure du père qu'il ne connut jamais ?), puis il  narre de multiples anecdotes à propos de la connerie humaine, de la bêtise universellement partagée (il la trouvera à Paris, à Hollywood, en passant par la Suisse).

« La plus grande puissance spirituelle de tous les temps, c’est la connerie ! ».

Gary dresse un constat accablant de l'infâme et risible hypocrisie qui règne au sein de la diplomatie onusienne. Il fait également la chronique féroce des travers et de l’orgueil démesuré des stars hollywoodiennes Ce faisant, il fait lui-même preuve d’un immense ego, d'une estime de soi qui confine à la suffisance. Et pourtant Gary n'est pas imbuvable ; certainement parce qu'il est loin de n’être qu’un chroniqueur mondain égotiste et cynique. Il est avant tout un personnage torturé et sensible, un être touchant qui souffre de voir celles qu’il a aimées se détruire et qui est obsédé par l'Amour.

Gary voulait manifestement qu’on l’aime et l’on imagine la tristesse et la souffrance qu’il a ressenties, après une période d'intense jubilation, en voyant les critiques aduler les livres d’Ajar tandis qu’ils conspuaient systématiquement les livres de Gary.

Le public est conquis tant par le verbe de Gary que par la performance d'un Christophe Malavoy qui incarne avec sensibilité, profondeur et justesse un personnage complexe et fascinant, un personnage imbu de lui-même, férocement drôle (« Hitler a poussé la plaisanterie jusqu’à 30 millions de morts et l’on voudrait que je sois poli et gentil ») et profondément touchant.

La sobriété du jeu de Malavoy est servie par une mise en scène qui utilise habilement des photographies projetées illustrant les propos de Gary (on voit apparaître les images de ceux et celles qu'il évoque).

"Gary/Ajar" est un spectacle intelligent et très convaincant. Un spectacle qui donne une furieuse envie de (re)lire Gary, et offre l'avantage de pouvoir s'apprécier même sans connaître au préalable l'œuvre de l'écrivain. Il n'y a donc aucune raison de ne pas foncer au Petit Montparnasse !


Thibault Dablemont

© Etat-critique.com - 22/02/2008