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Mercredi 23 Mai 2012Art-scène

 Funérailles d'hiver

Funérailles d'hiver

Hanokh LEVIN et Laurent PELLY

du 06 novembre au 11 décembre 2010 Théâtre du Rond Point - 75008 TP 34€ - TR: 20€ - 2h00

Les commentaires

Cal12

Le 01/12/2010

J'ai adoré Yaacobi et Leidenthal mais là, je très déçu du résultat de "Funérailles en Hiver". J'ai juste souri, non, le délire n'était pas prenant et ni subtil en matière d'humour ce mardi 30 novembre 2010 au Rond Point. Même qu' à la fin plusieurs personnes ont exprimé le même point de vue, déçu !

Et ta critique ?




 

« Non mais c’est quoi cette famille où on meurt la veille d’un mariage ? »

 

 

La veille de sa mort, la vieille Alté Bobitchek est persuadée que ses proches n’assisteront pas à ses funérailles. « Ils ne renonceront pas à une salle de réception bien chauffée avec gigot et cognac, pour un cimetière pluvieux avec petite vieille et trépas. » Elle fait donc promettre à son fils Latshek de ramener du monde à son enterrement.

 

À peine devenu orphelin, Latshek fonce frapper à la porte de sa cousine Shratzia, et de son mari Rashèss, pour les informer de la triste nouvelle. Las, ces cousins marient leur fille Vélvétsia le lendemain, et ils ne voudraient surtout pas annuler la noce pour cause de deuil.

 

Ce n’est pas qu’ils n’aimaient pas leur vieille tante, oh non, mais juste qu’elle est morte au mauvais moment, vous comprenez ? En temps normal, c’est bien volontiers qu’ils l’auraient enterrée et pleurée ; mais là, la veille du mariage de Vélvétsia, c’est tout simplement impossible !

 

Bien à l’abri derrière leur porte, ils conciliabulent et cherchent comment échapper à leur cousin devenu subitement encombrant. « Si on ouvre la porte, on se retrouve à l’enterrement de ma tante ! ».

 

Rashèss croit avoir trouvé l’idée géniale lorsqu’il emmène la famille au grand complet  - futur gendre et beaux-parents compris - se planquer sur la plage, assurément le dernier endroit où Latshek pensera à les chercher par une nuit d’hiver glaciale. Sauf que Latshek Bobitchek a, justement, envie de voir la mer pour se changer les idées !

 

A partir de là commence une course poursuite échevelée et délirante où le porteur de mauvaise nouvelle court après ses proches qui refusent obstinément d’entendre ce qu’il a à leur dire. Cette cavalcade effrénée les mènera au bout du monde et les fera rencontrer des personnages délirants, comme ces deux accros au jogging qui sont persuadés de rallonger leur espérance de vie de dix ans en courant, dix ans qu’ils mettront à profit pour courir !

 

On s’était régalé début 2010 (au Rond Point déjà) avec Yaacobi et Leidenthal, comédie fondatrice de l’israélien Hanokh Levin, auteur prolifique qui a écrit une cinquantaine de pièces avant de mourir à cinquante six ans en 1999.

 

Avec ses quatorze personnages et ses décors multiples et impressionnants, Funérailles d’hiver est une vraie folie. Pour Laurent, Pelly, « l’attrait premier de la pièce, c’est bien qu’elle paraît absolument impossible à monter ! ». Le metteur en scène suit d’ailleurs l’auteur dans son délire qui l’amène apparemment à écrire sans se soucier de la difficulté à monter sa pièce.

 

Les Funérailles d’hiver proposées par Laurent Pelly sont un moment de magie théâtrale. À l’heure des grandes productions cinématographiques à grand renfort de 3D numérique, il est réconfortant de voir qu’avec de l’imagination, tout est possible au théâtre. Le metteur en scène fait littéralement décoller les personnages. Tous les comédiens interprètes sont bons, et tout spécialement Christine Murillo qui incarne magistralement la cousine Shratzia.

 

La pièce est drôle dès les premiers instants et le rythme férocement comique ne faiblit pas pendant les deux heures de la représentation. Funérailles d’hiver est une pièce d’une drôlerie subtile, à mille lieux des portes qui claquent et des maris cocus, même s’il est vrai que le la belle-mère acariâtre et pète-sec est volontiers grossière.

 

Hanokh Levin pose de façon comique la question du deuil, de la mort qui nous encombre et que nous prétendons nier. « Tu oublies l’enterrement, tu oublies ces broutilles, et tu viens avec nous au mariage », exhorte Shratzia à Latshek.

 

En ce qui nous concerne, on ne saurait trop vous conseiller d’oublier toutes les broutilles de la vie quotidienne pour foncer voir cette belle comédie d’hiver au Rond-point.


Thibault Dablemont

© Etat-critique.com - 22/11/2010