Secrets de famille, déchirures cachées, anxiétés sexuelles et littérature classique… Alison Bechdel signe une autobiographie familiale (à portée universelle) à l’humour sombre et la lucidité admirable.
Bruce Bechdel, père de l’auteure, enseigne l’anglais à Beech Creek, petite ville de Pennsylvanie où il s’occupe également de la "fun home" familiale. Comprenez "funeral home", salon funéraire où les morts sont préparés et exposés avant d’être inhumés.
Marié, père de trois enfants (parmi lesquels la petite Alison), Bruce est un homme sensible et passionné de littérature. Son raffinement s’exprime aussi bien dans l’embaumement des corps que dans la restauration et la décoration de sa maison.
La jeunesse d’Alison est envahie par l’ombre de ce père tyrannique aux secrets brûlants, à la fois distant et infiniment proche.
Ce n’est qu’en quittant le foyer familial pour l’université qu’elle découvrira simultanément sa propre homosexualité et celle, soigneusement cachée, de ce père dont la mort brutale à 44 ans (renversé par un camion) laisse planer l’ombre du suicide…
Jusque-là connue essentiellement dans la communauté gay et lesbienne pour un strip intitulé Dykes to watch out for (Lesbiennes à suivre, mais aussi… Lesbiennes à surveiller), Alison Bechdel est passée, avec cette autobiographie, à une notoriété aussi énorme que soudaine.
Souvent comparé au Maus d’Art Spiegelman ou au Persepolis de Marjane Satrapi, pour son analyse minutieuse d’une situation et d’une époque, Fun home est de ces romans graphiques marquants qui touchent à l’intimité avec une justesse et une sincérité rares.
Joël Fompérie
© Etat-critique.com - 03/04/2007