On utilise le mot "garage" trop souvent en matière de rock. Les membres de Yo La Tengo investissent le lieu et offrent une jolie définition du terme. On ne met pas que la poubelle dans le garage !
C’est un son joyeusement bordélique. Comme dans un garage mal rangé. Les guitares saturent. La voix n’est pas toujours bien placé. Les instruments se glissent sur la même piste.
Le son est d’un autre temps. Jamais il n’est déplaisant. Condo fucks cache en réalité les musiciens de Yo LaTengo : ils se font plaisir et se lancent dans trente minutes de rock sale, mal dégrossi mais jouissif.
Produit apparemment à la va vite, "Fuckbook" joue un rock anonyme dans la forme mais généreux dans l’exécution. Cheap, les chansons transpirent une sublime énergie typiquement rock’n’roll.
Les deux premiers morceaux se lancent dans un concours de rapidité. La troisième chanson calme le jeu pour souligner l’effort mélodique malgré la modestie de l’enregistrement.
Puis le trio s’amuse avec un rock primaire, simple et foutraque. On se fait plaisir aussi en retrouvant la nature première du rock, chose légère et divertissante. Par exemple Shut down part 2 réinvente la surf music. D’autres imitent le rock des crooners ou les ritournelles des Beach Boys.
Mais un peu comme Franck Black, la tradition entraîne un dépouillement total. Après 25 ans d’existence (ce qui est pas mal pour un groupe indé), Yo LaTengo se recherche une nouvelle jeunesse, un nouveau dépucelage.
Cela marche. Bien entendu, cela peut paraître complètement inutile et parfois un peu dur pour les oreilles. Cependant la spontanéité réveille aussi nos souvenirs, de nos premiers groupes, nos premières "répét", nos premiers concerts (ou ceux des amis), nos premières émotions rock.
"Fuckbook" est un album jemenfoutiste, nostalgique mais vigoureux. Il s’aventure dans les premiers temps d’une passion.
La régression, cela a parfois du bon !
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 03/07/2009