Avec Frank Langella, Michael Sheen, Sam Rockwell et Kevin Bacon - Studio Canal - 1er avril 2009 - 2h02
Et ta critique ?
Sur un sujet peu connu de ce côté de l'Atlantique, Ron Howard signe avec Frost/Nixon, l'heure de vérité, l'un de ses meilleurs films depuis longtemps.
Juin 1972. En pleine campagne électorale américaine, cinq "cambrioleurs" repérés par un agent de sécurité, sont arrêtés par la police dans l'immeuble du Watergate, siège du Parti démocrate. Les hommes sont porteurs de matériel d'écoute et ressemblent plutôt à des agents secrets.
L'enquête remonte rapidement jusqu'à l'entourage de Richard Nixon, candidat républicain pour un second mandat présidentiel. Il nie toute implication et est réélu triomphalement en novembre.
Pourtant, l'acharnement de journalistes du Washington Post à mettre à jour la vérité débouche sur un scandale deux plus tard, et pousse Richard Nixon à démissionner de ses fonctions… tout en continuant à clamer son innocence.
En 1977, au cours de la dernière d'une série de quatre interviews télévisées, Richard Frost, un journaliste britannique, pousse si bien l'ancien président des Etats-Unis dans ses retranchements que ce dernier avoue, devant 45 millions de téléspectateurs médusés, son implication directe dans l'affaire du Watergate.
C'est ce dernier acte d'une saga politico-médiatique sans équivalent que le (souvent) très bon Ron Howard s'est attaché à reconstituer. Non pas seulement comme un moment important de la vie politique américaine, mais comme un véritable combat de gladiateurs entre deux "animaux médiatiques" rompus l'un comme l'autre, dans des domaines différents, à affronter le regard des caméras.
En prenant le temps d'installer le personnage de l'intervieweur - playboy flambeur et frimeur, superficiel et suffisant - moins connu que le président honni d'une Amérique en perte de repères dans les années 70, Ron Howard évite de perdre en route les spectateurs peu familiers d'une histoire qui leur est largement étrangère.
La suite est filmée comme un affrontement physique, en gros plan. Dialogues ciselés, regards perçants, coups bas et subtiles provocations…
En confiant les deux rôles principaux aux excellents acteurs qui avaient défendu la pièce sur scène, il s'assure d'une efficacité remarquable proche de l'incarnation et dénuée de tout manichéisme. Les deux heures du film défilent à toute vitesse tandis que l'on guette l'instant du KO que l'on pressent inévitable.
Et lorsqu'il survient, du côté du combattant que l'on imaginait le mieux armé, on ressent cette sorte de soulagement qu'ont dû ressentir également les millions d'hommes et de femmes bafoués par les mensonges répétés du président déchu.
Avec Frost/Nixon, l'heure de vérité, Ron Howard déjoue les pièges de la reconstitution didactique et signe un film intelligent et efficace sur le pouvoir de l'image politique. A voir.