Blockbuster de la rentrée, le roman de Jonathan Franzen mérite ses éloges! Une oeuvre dur mais juste!
C'est bien une lecture de notre époque. Patty, l'héroïne du roman, devrait nous renvoyer aux tragiques personnages féminins de la littérature comme Madame Bovary. On pense plus aux mères de Desperate Housewives ou la femme de Dan Drapper dans Mad Men.
Jonathan Franzen fait tout pour placer Patty dans l'Amérique d'aujourd'hui. Sa mélancolie ne l'isole pas du Monde. Patty aime Dave Matthews Band et surtout the Traumatics, le groupe de son meilleur ami, Richard.
D'ailleurs c'est un peu plus que son meilleur ami! Elle éprouve des sentiments à l'égard de ce glandeur né, amateur de rock et de filles faciles. Elle a choisi le confort en la personne de Walter, le camarade de fac de Richard...
De ce choix va découler une tragédie. Américaine. Les idéaux vont voler en éclat en même temps que le schéma familial imposé par les bonnes consciences. Comme dans les (meilleures) séries américaines du moment, Jonathan Franzen joue avec les codes, les moeurs et les valeurs américaines.
Scrupuleusement, il attend ce moment où tout s'écroule, malgré toutes les bonnes volontés et les efforts insurmontables d'une famille pourtant bien ordinaire. Entre démocrate et républicain, les repères politiques disparaissent. L'argent prend le pouvoir.
La violence du 11 septembre 2001 fait perdre la tête à un grand nombre de contemporains. L'année 2004 sera charnière pour Patty et Walter. Ce dernier se prend la tête avec des concepts comme la surpopulation. Ou l'écologie. Ou les petits oiseaux tués par les chats! Ses théories sont fumeuses et dramatiques!
Joey, le fiston, joue un jeu dangereux en abusant d'un cynisme à toute épreuve. La fille, Jessica, s'efface. La vision de la famille est désespérante. Brillamment mise en scène par l'auteur des Corrections! Il nous place au coeur de la désorientation morale.
Cela donne un livre très étrange, qui met parfois mal à l'aise en nous plongeant dans l'introspection naïve et crue de Patty. Il réjouit très souvent car la liberté, concept hautement considéré aux Etats Unis (on dérégule en son nom les marchés ou on envahit un pays), se retrouve dans l'écriture dense, peu descriptive mais très sensible.
Les idées se bousculent. L'électron libre Richard apportent un vent de folie ingérable pour les autres. Il observe et amène un destin tragique d'une famille sans gloire, finalement sans choix et prisonnière de principes étouffants. Ce serait la grosse déprime si le style ne faisait pas la différence.
Il aura fallu presque dix ans à Franzen pour écrire Freedom. Il a pris le temps d'observer son époque et d'offrir une saga familiale moderne. Dans l'air du temps, morose et sadique, son livre est une traduction artistique de nos inquiétudes. Quand l'écrivain reprend sa place dans la société, cela vaut bien la lecture d'un pavé ultra médiatisé!
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 10/09/2011